LUNDI 23 JUILLET

METEO : Soleil nostalgique, humeur aboulique.

VU CE JOUR : 

1. MÉDUSE / Les bâtards dorés / Gymnase du lycée de Saint-Joseph : IN

LE PITCH : La pièce démarre par un procès : le 2 juillet 1816, la frégate Méduse, bijou de la marine française coloniale s'échoue au large de la Mauritanie. 147 personnes se maintiennent à la surface de l'eau sur un radeau de fortune. 14 jours plus tard, ils ne sont plus que 15. Que sont devenus les autres ? Voilà l'objet du procès auquel tu es convié. À l'heure où les rescapés doivent rendre des comptes, il te faudra juger cette triste page d'humanité.

MON SPEECH : Méduse est un ovni en quatre tableaux crescendo. Au commencement le procès. On s'y sent relativement rassuré tant que l'action est justifiée par la raison. Survivre, c'est commander, décider, s'organiser. Et parfois sacrifier. 

Mais la scène bascule. Les planches de l'arche deviennent théâtre de l'horreur. Un morceau de viande crue, sur le plateau, et c'est la curée. Les acteurs nus, écumant, bave aux lèvres, nous inondent de leurs rires démentiels. Splendeurs et misères du colonialisme sur fond de cannibalisme. Huis-clos à ciel ouvert où l'humanité part en lambeau à mesure qu'on se partage le monde sur les flots. 

Au retour du procès, te voilà crucifié. Faut-il s'en laver les mains, et jeter toute culpabilité à la mer, pour que vogue la galère ? Ou condamner ces monstruosités ? Certes, Les bâtards dorés excellent à anesthésier ton jugement. Mais la bête humaine jamais ne ment. On retient qu'aux portes de la mort, ces hommes crevaient de ne savoir comment se partager la terre. Amer. 

 

http://www.festival-avignon.com/fr/artiste/2018/les-batards-dores 

2. SAISON SÈCHE / Cie Non Nova / L'Autre Scène du Grand Avignon, Védène, IN

LE PITCH : Phia Ménard. Lorsqu'on prononce son nom, les langues s'assèchent et  les bouches se taisent. L'ogresse qui a changé de sexe impose en son royaume  un  respect non discuté. Elle descend lentement vers la scène. Blonde. Auréolée de fleurs piquées dans la chevelure, mais visage dur. « Je te claque la chatte » seront ses seuls mots. Lever de rideau.

MON SPEECH : Comment te décrire ça. On m'a dit : « écris avec tes tripes. » Alors je voudrais te dire ma torpeur devant ces béances écartelées sur le plateau opalescent, et moi qui serrais les cuisses, face au silence lactescent. Elles sont sept, dans la nudité prude de leur tunique blanche, allongées, cuisses ouvertes, offertes. 7 sexes féminins, dardant ta pudeur, oeils de cyclope plantés dans leurs corps de vierges salopes. Je voudrais te dire ces furies, ces femmes crabe désarticulées, rampantes, oppressantes. Je voudrais te dire en continu, le crissement du train, l'insupportable grincement sonore en musique de fond, pour l'infernale mouvance de leur  danse. Je voudrais te dire leur peinture tribale, demoiselles d'Avignon échappées des enfers peinturlurant furieusement leur visage blanc. Je voudrais te dire leur transmutation de femelles avilies  devenant homme en faisant claquer dans leur slip leurs boules bridées par des élastiques. La macabre et grotesque parade du patriarcat, vu par Phia. Je voudrais te dire enfin le dernier tableau, les meurtrières aériennes vomissant de la merde, les parois de papier liquéfiées, le retour des furies lacérant les murs, de tous côtés. Je voudrais te dire tout Phia, et je crois que je n'y arrive pas. J'ai senti dans ma chair la morbide beauté de la féminité, et j'ai tremblé. 

Rideau.

http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2018/saison-seche 

ENTENDU SUR LE PAVÉ AVIGNONNAIS : « On a déjà payé nos places pour le spectacle, payer en plus une navette privée, c'est limite. »

 

Zerbinette.

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