M FRAIZE (6)

Adoubé par Éric Judor qui l'a fait tourner dans son film « Problemos » (échec commercial mais plutôt très marrant) et qui l'a conseillé à Quentin Dupieux pour jouer aux côtés de Benoît Poelvoorde dans « Au poste » (drôlissime prestation), Marc Fraize sera également à l'Européen (Paris) pour deux mois de représentations. C'est donc une sacrée opportunité que nous offre le Grand Marché en diffusant ce spectacle et bravo au tourneur (fraizeur) d'avoir choisi La Réunion comme destination. Interview fleuve d'un acteur volontairement à contre-courant.

Première question con pour faire tomber la pression : Que fait M. Fraize sur un cheval ?

Il souffre avant de s'ennuyer.

Ah bon? Je pensais qu'il faisait:”Tagada” (Bongou aime aussi les silences malaisants). Bref, ton humour est clairement visuel mais comme tu aimes bien brouiller les pistes, je te propose une interview écrite : ça t'emballe ou tu te dis que celui qui l'a préparée est un vrai branleur mais qu'en la faisant tu vas faire taire tous ceux qui te taxent de feignant ?

Ça m'emballe. C'est plus rapide comme réponse !

C'est plus facile d'être drôle à l'oral ou à l'écrit selon toi ? De manière générale, qui te fait rire à l'écrit ?

Ni l'un ni l'autre. Je tente de faire rire par accident. Desproges était très bon à l'écrit.

J'imagine qu'une grande partie des gens qui vont venir au Grand Marché te connaissent par tes passages télé ou tes tutoriels. Quels éléments communs va-t-on retrouver dans ce spectacle ?

Ils perdront du temps ensemble et peut-être que ça leur fera du bien.

De nos jours, les vannes sont canardées aux rythmes de stand-up sous amphétamines, tu as choisi un tempo décalé et un phrasé hésitant. Comment arrive-t-on à incarner ce type de personnage quasi mutique, curieux mélange de Tex qui bougerait comme Jim Carrey sous Tranxène ?

La vitesse me fait peur, je préfère trouver le temps long, depuis longtemps.

J'avais demandé à Guillaume Meurice de me parler des clichés entendus sur la Réunion et il m'avait répondu cette phrase très drôle : «  Je sais que vous avez la réputation d'être des fainéants, alcooliques, voleurs, menteurs, sales, moches, vulgaires. Ça ne m'étonne pas. Vous êtes simplement des Français. » En quoi ton personnage est bien français ?

C'est qui Guillaume Meurice ? Il est français au moins ?

Tu dis – et c'est assez beau – qu' « il n'y a pas plus parlant que le silence » mais conseilles-tu à mon neveu Pierre-Kylian, peu friand du comique de répétition, des silences, des personnages timides et hésitants, de venir voir ton spectacle ?

Ton neveu est français ! Il ne faut pas qu'il tente cette “expérience”. Il risque fort d'être déçu, une fois encore.

Le silence que tu imposes au public peut provoquer une gêne. Est-ce que tu as vécu l'angoisse d'un public qui est resté cantonné dans ce silence ?

Depuis l'enfance, oui. À l'école lorsque je passais au tableau, comme aujourd'hui sur scène. Mais le silence n'est jamais total, il y a toujours quelqu'un pour se moquer ou bien quelqu'un qui rit nerveusement !

Tu vis à Cluny en Bourgogne du Sud et, comme Vincent Dedienne ou Guillaume Meurice qui ont vécu dans la proche Saône-et-Loire, tu avoues qu'on s'ennuie grave dans le coin. S'emmerder c'est un moteur à la création humoristique ?

C'est sûr, l'ennui force l'imagination ! Et le rythme imposé par la campagne permet davantage de s'arrêter sur les détails.

J'ai écouté un paquet de tes interviews et j'ai du mal à croire que tu peux dire des trucs méchants. Prouve-moi le contraire.

Va te faire foutre.

Quand Monsieur Fraize rencontre Mister Oizo : Fais ta balance et livre-nous une anecdote croustillante sur le tournage de « Au poste », genre Benoît Poelvoorde se prenait des mines à la Badoit, Quentin Dupieux écoutait du Christine & The Queens.

Le film devait se tourner en 30 jours et on en a fait que 9 parce que Quentin et Benoît se sont trouvés géniaux tout ce temps. Le film monté ne dure que 73 minutes, c'est pour ça.

Comment as-tu rencontré Alain Degois (alias Papy, créateur du Déclic Théâtre, compagnie d'improvisation à Trappes, « découvreur » de Jamel Debbouze, Arnaud Tsamère, Alban Ivanov et metteur en scène de ton spectacle) ?

J'ai rencontré Papy dans la salle du petit déjeuner d'un hôtel de luxe en Suisse (lors du festival d'humour de Montreux). Il m'a posé une question la bouche pleine. Il y avait beaucoup de miettes sur son  tee-shirt. Je suis tombé immédiatement sous le charme.

J'avais des crises diarrhéiques quand j'écoutais le jury de « On ne demande qu'à en rire », c'est grave docteur Fraize ?

Je les ai souvent trouvés plus drôles que les humoristes ! Et si tu as eu plusieurs crises c'est que tu devais y trouver ton compte...

Ça doit être plus difficile de surprendre ton public avec ton personnage. Quelles surprises nous as-tu concoctées ?

Je vais d'abord me laisser surprendre par cette île que je ne connais pas. Mon personnage fera le reste... je suis obligé de lui faire confiance et de le laisser libre !

Quelle est la meilleure critique que tu aies reçue pour ce spectacle ?

Surtout détournez votre chemin, n'y allez pas, c'est décevant. Je n'ai jamais vu un spectacle aussi navrant. Zéro contenu, des silences et des gesticulations qui vous portent sur les nerfs dès les premières minutes. Je me demande comment il est possible de produire un spectacle aussi vide car il n'y a RIEN, c'est consternant.

Et la pire ?

Très bon moment dans l'ensemble.

Dans ta tournée, que représente cette étape dans l'Hémisphère Sud ? C'est une date comme une autre ou c'est comme dans un rêve (expression à bannir des interviews et de la langue française à mon avis) ?

C'est du travail. Et cette fois encore, c'est inquiétant et particulièrement excitant.

Tu vas participer à l'élaboration du spectacle “Schmol” avec Les Mardis de l'Impro (compagnie réunionnaise d'improvisation).  Dans ton parcours professionnel, quelle place occupe ce genre théâtral ?

L'improvisation prend une place immense. Tout (ou rien...) démarre par là ! Avec la compagnie, ce sera complètement novateur pour mon personnage !

Pourrais-tu me donner un mot créole que tu affectionnes ?

Je n'en connaissais pas alors j'ai cherché sur Internet et j'en ai trouvé un que j'affectionne déjà: dodo

Quelle est ta définition du bon goût ?

Essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple. (Jacques Prévert)

4 représentations à la Réunion:

vendredi 07 septembre / 20h / Salle Lucet Langenier (Saint-Pierre)

samedi 08 septembre / 20h / Léspas Culturel Leconte de Lisle (Saint-Paul)

jeudi 13 septembre / 19h / Théâtre du Grand Marché (Saint Denis)

 

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