Second Brain En Répétition à L’EMA (Credit Leya Ramboatinarisoa)

Avec sa gueule d'ange et sa barbe dorée,  Adrien Pigeat respire la sérénité. Ça me donne envie de l'asticoter. Si le gaillard m'intéresse, c'est parce que du haut de ses 24 ans, ce berrichon élevé à la Réunion prépare une tournée funky dans les bars et rondas groovies d'ici. Second Brain c'est un groupe audacieux. 10 zicos et une chanteuse sur le plateau. Du jazz, du rock, du swing à bloc. Bongou  grimpe sur le dock. 

Ton groupe s'appelle Second Brain. Où as-tu été chercher un nom pareil ?

Ah . . . ( rires ). Ça vient d'une conversation que ma mère avait avec une amie à elle il y a 4 ans. Elles parlaient produits bio. Je les entends dire : «  Les intestins c'est le second cerveau ». Et voilà ! (rires). J'ai trouvé que c'était un bon contrepied pour ma musique qui n'est pas du tout cérébrale. Même si elle peut en avoir l'air, parce qu'elle est écrite. Parce que la première approche peut paraitre assez complexe. Mais elle est aussi très funky. Elle groove. Elle est confortable rythmiquement. Donc très accessible. 

Comment es-tu tombé dans la marmite musicale ? 

J'ai baigné dedans depuis que je suis né parce que mon père est guitariste , mélomane, ingénieur son. À six ans, j'ai eu ma première guitare. À douze ans, j'ai vu le film Rock Academy et je me suis dit je veux faire ça. Je me suis identifié aux gosses qui avaient le même âge que moi à l'époque. À la Réunion, j'ai suivi les cours de Mickaël Medde à Stella. Il a été mon premier mentor. J'ai fait deux ans au conservatoire, et puis j'ai découvert l'EMA (École des Musiques Actuelles N.D.L.R). C'est avec Willy que j'ai appris le solfège et que j'ai préparé le concours pour rentrer à la Tech Music School à Londres. Et là-bas, j'ai rencontré Nicolas PY. On a jammé. Je me suis dit : je veux que ce soit mon batteur. Il arrive la semaine prochaine.   

Donc tu collabores avec l'EMA  pour cette tournée Second Brain à la Réunion . . .  

Oui. On a un partenariat avec l'EMA. D'abord parce qu'on répète dans leurs locaux. Ensuite parce que ce sont des musiciens professionnels de l'EMA qui jouent dans Second Brain. 

Quelles sont tes influences musicales ? 

Un mix entre Frank Zappa,  James Brown et Debussy. Ah, et il y a Stravinsky  aussi. Et Edgard Varèse que j'étais le seul à écouter au lycée. Depuis tout jeune, j'ai éduqué mon oreille à la dissonance. Ça m'a permis de ne plus être choqué par elle, donc d'élargir le champ des possibles. 

Pour Second Brain, tu as composé tous les morceaux. De quelle manière concrètement ? 

Je pars d'une base, d'une essence, je pars d'une idée de base, et je suis l'oreille. C'est de la musique écrite, c'est à dire que j'écris les partitions de chaque instrument, mais je laisse des cadres d'improvisation. À condition que ce que les musiciens proposent soit mieux que ce que j'ai écrit ! (rires)

Et pour les paroles ? Les notes t'obéissent,  les mots aussi ? 

Ah c'est beaucoup plus difficile avec les mots ! (rires) Oui c'est difficile d'écrire.  J'aimerais bien fabriquer  des chansons engagées, mais j'attends. Je n'ai pas encore mis les mots sur ce que j'ai envie de dire. Il existe un tel risque dans l'interprétation,  c'est tellement perverti que je n'ai pas envie de passer mon temps à rendre des comptes sur ce qui aurait pu être mal compris. Mes chansons sont des melting pot d'observations spontanées. Dans l'une d'entre elles, je parle des wedding band. À Londres, les musiciens sont obligés de jouer dans les mariages pour payer leur loyer. 

Le Groove, le funk, c'est très bien mais que fais-tu de l'héritage de la musique réunionnaise ?

J'ai grandi ici. Je suis allé récemment à la  Kaz Kabar. J'ai encore réussi à prendre une claque. Je vais régulièrement  au Kabar le dimanche soir. Pour cette tournée, j'ai réarrangé certains morceaux en Maloya. Mais j'ai aussi envie d'apporter autre chose. J'ai envie de partager ce qui vient d'ailleurs.  Je me suis pris des chocs musicaux à Londres et j'aimerais bien ramener ça ici. Je veux aussi montrer que c'est possible de faire de la musique écrite. Proposer une grosse patouille de tout ce que j'aime. (rires)

Parfait. Tu as le droit à 4 adjectifs pour décrire la patouille Second Brain. Lesquels ?

Jazz dans la forme parce que la construction est jazz. Funk et rock dans le fond. Et enfin, chantable. Bref, tout ce que j'aime. 

Qu'est-ce que tu n'aimes pas ?

Qu'on me fasse rentrer dans des cases. Des étiquettes. Une spécialité française ça ! (rires) Et puis la gestion administrative. Tout ce qui n'a rien à voir avec la musique. Et enfin, essayer de plaire. Il faut d'abord être satisfait de ce qu'on fait avant d'essayer de plaire aux autres. J'ai compris que si moi j'aimais ce que j'écrivais, ce serait suffisant pour que les gens prennent du plaisir. 

Tes objectifs à terme pour Second Brain ? 

Vu le nombre de musiciens (10 à savoir guitare, basse, batterie, clavier, percussions, 4 cuivres dont trompette, saxo, alto, ténor et baryton, et une chanteuse), le but serait de faire des salles avec du matériel. J'ai envie de construire un show complet avec des lumières,  du visu,  des projections. J'aimerais développer un concert complet.

En guise de conclusion, passons aux questions cons : si tu étais un super héros ?

(Silence derrière le verre de coca)

Ils m'énervent les supers héros... (rires) C'est utopique et prétentieux. 

C'est quoi pour toi le bon goût ? 

Euh... le bon goût... c'est l'intégrité. Et au fait, mon super héros, c'est Stravinsky. (rires). Rien qu'avec un concert, il crée une émeute.

Tout ce qu'on souhaite à Second Brain, que tu pourras retrouver aux dates et lieux suivants en novembre :

Propos recueillis par Zerbinette, avec la précieuse collaboration d'Adrien Pigeat. Merci à Leya Ramboatinarisoa, Yanik Fontaine et Mike Glide pour le crédit photo.

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