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J'ai rencontré les gaillards de Lo Griyo lors d'une répétition à Lespas, trois jours avant le concert prévu pour célébrer leurs dix années du musique. En invité d'honneur, le réjouissant musicien marocain Mehdi Nassouli. Immersion,  le temps de 10 questions au coeur de ce groupe en perpétuelle réinvention, avant éclosion.

1. Mehdi, parle-moi de ta rencontre avec Lo Griyo :  musicale ou amicale ?

Ah ! Un vrai coup de foudre amical. La première fois c'est en 2009. Lo Griyo est invité au Maroc. Dès le premier jour c'est le kiff. On devait jouer trois morceaux ensemble. On a fait tout le concert. Et puis ça a continué.

En 2011 j'ai été invité pour leur deuxième album. On a bien tourné. Depuis on a gardé cette super relation humaine. Je viens  même  d'annuler deux concerts en Afrique du Sud pour pouvoir  jouer à La Réunion avec eux.

2. Comment fais-tu pour t'adapter au rythme atypique, pour ne pas dire complètement perché, propre à Lo Griyo ?

Je viens d'un monde musical plutôt traditionnel, je ne lis pas les partitions. Chez nous,  on n'a pas d'école pour apprendre la musique. Elle s'apprend de père en fils. Lo Griyo c'est un groupe de fous. ( rires ) J'apprends avec eux. Mais on se rejoint sur le côté transcendental de leur musique. C'est une musique ancrée dans le sol, de par le rythme, mais reliée à la tête, à ce qui nous élève, grâce aux émotions qu'elle véhicule.

Maintenant le Maloya fait partie de ma culture, de mes influences, et de mes inspirations. Toute la musique du monde m'appartient.

3. Et toi Sami, qu'est-ce qui t'a permis de rejoindre l'univers musical de Mehdi Nassouli ?

Sans doute la transe, mais au sens musical du terme. Je suis cartésien. J'aborde donc la transe comme un phénomène à travers lequel le corps et l'esprit sont dans un état second. Ce qui est aussi le cas dans la musique traditionnelle pratiquée par Mehdi.

Par ailleurs, ça m'intéresse les ponts entre les musiques. Ces derniers temps Lo Griyo était plus un groupe de jazz, que de world music. Je ne porte pas l'étendard de la musique réunionnaise.

4. Medhi chante, et joue du guembri ( instrument à cordes traditionnel ), et Lo Griyo est un groupe plutôt bien rodé. Concrètement, qu'est-ce que sa présence a remis en question?

On lui a fait de la place. On a parfois été obligé de repenser l'affaire. Quand Mehdi chante et joue du guembri, parfois on empiète un peu. Lo Griyo change au contact de Mehdi. Sa voix humanise.

5. Et pour toi Luc Joly ?

Ça modifie l'équilibre du groupe. Je dois rajouter du sucre pour tempérer les petits éclats d'écorce de Mehdi ! ( rires ) Jouer avec Mehdi ça te pousse encore plus. Rythmiquement il est super tight,  très précis. Il vient d'une culture rythmique. C'est génétique chez lui.

6. Cyril ” Fever “, est-ce que la récente  tournée de Lo Griyo  au Maroc a influencé votre musique  au retour ?

On a vu Mehdi là -bas, et  on s'est dit :  quand on va l'inviter, on ne veut pas faire de la world music. La word music est très connotée. Lo Griyo ne veut plus être là dedans. On veut être plus proche du rock.

On s'est dit qu'il allait falloir trouver un terrain d'entente entre notre musique rock progressif et le côté tradi de Mehdi.

7. Sami, tu fais venir un musicien marocain, à un moment où les traditions sont de plus en plus récupérées par les nationalistes. Est-il encore possible de faire de la musique sans porter un message politique ?

Les branches utilisées par Mehdi sont méprisées par les extrémistes religieux. Pour eux, Mehdi  c'est un mécréant qui transgresse le Coran. La récupération religieuse est dans la pensée, pas dans la musique. Nous par exemple, on s'intéresse au rite chamanique, mais on est vraiment dans un truc amimique subsaharien. Pas dans une démarche religieuse. Ces mecs-là n'aiment pas la musique.

8. On parle du Maloya ?

C'est pareil pour le Maloya qui a été l'objet d'une récupération politique. À l'origine, le Maloya est un rite chamanique des esclaves pour invoquer les esprits de leurs ancêtres. Un rite libérateur. Alors que  la politique enferme la musique, la restreint, et en fait un instrument de propagande.

9 . Tu fais chanter Mehdi. C'est rare d'entendre une voix dans Lo Griyo.  Pourquoi ?

Parce que je me méfie des paroles. Lo Griyo est purement instrumental. Dans les textures de son, on est froid. j'utilise beaucoup la distorsion. Je cherche à  amener le public dans un monde, mais je ne veux pas tromper les gens. Je veux les amener dans un univers. Pas leur mentir, pas les soigner. Je ne fais pas de l'art thérapie. On ne cherche pas à manipuler les gens.

10 . Elles parlent de quoi tes chansons Mehdi ?

J'ai une chanson sur mes expériences de voyageur ici, à La Réunion. J'explique ma rencontre avec le Maloya. C'est une création personnelle. L' autre est une chanson d'amour traditionnelle de mon pays. Un peu comme le Cantique des Cantiques. Mais ce  qui compte surtout c'est la mélodie. Quand ça nous touche, ça nous relie avec l'espace invisible. Mes chansons sont comme une méditation.

 

Propos recueillis par Zerbinette.

Crédit photo : Frédérique Gaumet. Un grand merci à elle.

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