© Arthur Bramao

Leu Tempo affiche quasi complet pour presque toutes les représentations mais il reste encore quelques places pour Déluge qui se joue dans la grande et spacieuse salle de Stella Matutina disposant d'un double avantage : on y est fort bien assis et on évite de se mêler aux gueux de Saint Leu. Surtout, ce spectacle est un petit bijou de jonglerie et de magie dont la poésie est à des années-lumière des cabarets de magie et leurs kitscheries.

Dans ce spectacle, le déluge a un nom : la surexposition aux oppressantes informations. Pour se préserver de ce déluge, l'interprète a trouvé un refuge : son atelier d'apprenti chercheur. Sauf que ses bricolages dignes de Wallace – le compère de Gromit – virent aux bredouillages, comme si les mauvaises ondes extérieures interféraient avec l'équilibre de son intérieur. Inlassablement, son transistor, fourbe boîte de Pandore, ne cesse de se rallumer à tort pour diffuser ses communiqués de mort. Mention spéciale au zapping des news alarmistes brillamment adapté à l'actualité locale et interprété par Sophie Person, voix bien connue des ondes de Réunion la 1ère. Le fragile ordonnancement de cet appartement devient brinquebalant et c'est Poltergeist qui s'invite dans les tuyauteries à l'est ou dans les luminaires à l'ouest. Notre jongleur devra dompter cette nouvelle gravité – d'où le nom de la compagnie – avec des paravents virevoltants, des boules maboules et des instruments fuyants.

Il y a trois ans, j'avais vu ce spectacle à Avignon et le moins que l'on puisse dire c'est que beaucoup d'éléments ont été perfectionnés et le résultat est désormais époustouflant. Voilà un grand moment de spectacle familial, qui prend son temps mais à une cadence métronomique. Les routines de jonglerie sont d'une précision infinie, au diapason avec la bande-son. Du reste, le travail sonore est chirurgical, tout comme le jeu de lumières qui contribue à des moments de rare poésie, tout en apesanteur. Les moments de comédie sont nombreux et très réussis et l'audience s'esclaffe, sourit en parfaite harmonie, des plus grands jusqu'aux petits.

Je ne vais pas vous sabouler le final apothéotique mais mes facultés de mentaliste me permettent d'ores et déjà de vous donner la réponse à la question que vous vous poserez tous au moment des applaudissements, complètement éberlués : « eh oui il y en a un paquet, 3500 exactement ! »

Manzi

Déluge, représentations au Musée Stella Matutina, le jeudi à 14h, le vendredi et le samedi à 11h et 16h.

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