2019 1 Conferencedesoiseaux Grand

Le CNDOI accueille La Conférence des Oiseaux pour deux représentations à La Fabrik le jeudi 11 et vendredi 12 avril. Bongou est gai comme un pinson de découvrir cette pièce largement acclamée et profite qu'une actrice réunionnaise figure parmi la distribution pour lui poser quelques questions. Interview avec Cécile Fontaine l'interprète du Moineau et bavarde comme une pie.

Que raconte le Moineau que tu incarnes dans cette pièce ?

Ce texte parle d'une quête qui n'est pas extérieure, une quête qui n'est pas conquête de l'autre, qui n'est ni profit ni exploitation. Partir à la recherche du Simorgh c'est accepter de regarder en soi et surtout d'y percevoir l'essentiel, de pouvoir se défaire de nos peurs pour avancer vers la mort en toute simplicité.

Quelle est ta réplique fétiche dans ce rôle ?

J'ai peur !

Manchester, Barcelone, La Réunion, tu es plutôt un oiseau migrateur ?

Pour moi ça a été bénéfique de me frotter à l'Ailleurs. J'ai vu que j'avais emmagasiné beaucoup d'outils pour une ouverture maximale à l'autre. Avant de partir, j'étais déjà en train de réaliser à quel point je suis amoureuse de la vie. J'étais un petit zoizo linet roz ! Ce voyage je l'ai vécu comme un prolongement du voyage intérieur déjà commencé.

Ce processus initiatique de découverte de soi par le voyage est-il indispensable aux acteurs ?

Ce qui est indispensable aux acteurs – j'englobe tous les acteurs culturels – c'est l'ouverture d'esprit sur les emplois du théâtre, sur l'étiquetage, sur les réticences que l'on peut avoir à se lancer dans des parcours hors-norme, les craintes d'intégrer la vie sociale dans le théâtre. Il faut bien comprendre que nous participons tous au système culturel, à rendre possible  tous les possibles ! On peut être freiné dans son développement par les jugements d'autrui et Dieu sait si les postures de juges sont fréquentes dans le milieu culturel. L'inattendu provoque le dérangement. En voyage, peut-être qu'on est moins conditionné ; on n'a plus les mêmes repères et l'on peut s'étonner soi-même. En voyage, on est très réceptif, on a plus d'espace pour les sensations, plus d'espace pour la rencontre. L'improbable nourrit énormément.

Pourquoi ce texte perse médiéval peut-il éclairer nos crises sociétales ?

Ce texte est un récit poétique. Or, dans nos sociétés mondialisées, tout nous éloigne de l'imaginaire, du récit à inventer pour continuer de croire en l'humanité et se persuader que la place de l'Homme est à égalité avec le vivant.

Quel oiseau aurait le discours le plus proche des revendications des Gilets Jaunes ?

Je trouve que tous les oiseaux ressemblent plutôt aux Foulards Rouges, emplis de peurs et d'excuses pour conserver l'ordre établi. Mais lorsqu'ils finissent par accepter le voyage, ils deviennent des Gilets Jaunes, des héros qui ont besoin de regarder en face leur condition.

Macron ferait-il un bon Simorgh (l'oiseau-roi mythique) ou faut-il le déplumer ?

Macron ressemble plutôt à la Perdrix avec sa montagne et ses pierres précieuses. Elle disparaît très vite dans la pièce.

Parle-nous de Kuno Schlegelmilch, le concepteur génial des masques.

Kuno est un très grand créateur. Au début de la création, j'ai pu me rendre compte de son parcours, de son énorme talent, de sa passion pour le travail, de sa sensibilité. Il m'a raconté combien cela avait été difficile de créer le Moineau car c'est un oiseau très commun. Il est plus difficile de rendre la poésie de la simplicité. Il lui a été plus aisé de façonner des oiseaux plus extraordinaires, plus excentriques. Du coup, son Moineau j'en suis tombé amoureuse. Je le regarde avec beaucoup de tendresse. Je l'ai dans la peau mon Moineau. Un masque ce n'est pas un objet comme un autre. Kuno et Hélène, son assistante, ont mis tellement d'eux dans la fabrication de ces masques que nous, les acteurs, ressentons quelque chose de sacré dans le fait de les rendre vivants, de chercher leurs corps. Camille Pénager a fait un travail admirable dans le prolongement du masque à travers les costumes.

Pourquoi faut-il aller voir ce spectacle en famille ?

Tous les spectacles peuvent être vus en famille. Être accompagné c'est toujours une opportunité d'agrandir sa vision. La famille c'est de la bienveillance, de l'amour donc l'accompagnement est décuplé.

Quel est ton oiseau préféré à La Réunion ?

Oh ! Je les aime tous, tous me ressemblent un peu : le cardinal qui est rouge d'amour, le zoizo la Vierge qui est si mignon, le papang qui voit si loin. C'est toujours la diversité qui me séduit. J'aimerais que les humains comprennent bien la nécessité de cette diversité en la protégeant.

Quelle est la critique la plus positive reçue pour cette pièce ?

C'est celle qu'on reçoit quand le groupe d'acteurs arrive à jouer bien ensemble, cet état de grâce où notre énergie va dans le même sens. Ce sont évidemment mes représentations préférées.

Et la pire ?

La pire c'est quand chacun est dans son monde ; la magie n'opère pas pour moi de l'intérieur et le spectateur le ressent forcément. Pour le public, je ne sais pas... il faudra leur demander à la sortie !

Quelle est ta définition du bon goût ?

Le bon goût c'est d'accueillir le mauvais goût avec autant de respect et d'acceptation que possible. Le bon goût c'est la classe, la grande classe de ne pas se sentir en danger, d'être complètement en cohérence avec soi-même, sans peur des jugements.

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