Nuit De Grève

Ohana Cinéma met à l'affiche pour 15 jours deux films réunionnais : l'un tourné à la Réunion par Olivier Carrette, professeur à l'ILOI depuis 15 ans et l'autre tourné en métropole par un Réunionnais, Yoann Jean-Charles. Bien qu'écrits et produits de manière très différente, puisque le film d'Olivier Carrette a bénéficié de soutiens là où le film de Yoann Jean-Charles est entièrement autoproduit, les deux formats moyens Le Mafatais, (52‘) et Nuit de grève (1h15) partagent pour le meilleur et pour le pire une même thématique de l'errance mâtinée de fantastique. Nous suivons le voyage erratique et inabouti de deux individus rejetés qui essaient de trouver un point d'ancrage.

Première chronique sur Nuit de grève, Le Mafatais ne perd rien pour attendre...

Disons le tout net, Nuit de grève de Yoann Jean-Charles est raté et ne supporte pas la comparaison avec le film d'Olivier Carrette. Raté parce qu'il massacre à force de références mal digérées et d'absence de propos un sujet qui, s'il avait été traité dans un format court et avec une intention plus précise que celle de représenter la désorientation d'un personnage, aurait pu donner lieu à un véritable film d'art et essai. Le réalisateur essaie, oui, on ne peut pas lui enlever cela. Il essaie avec les moyens du bord, une équipe de bénévoles, un budget ridicule, et on ne peut que le féliciter d'être allé au bout de son projet, mais il oublie simplement qu'on ne fait pas un film sur des intentions formelles, que celles-ci doivent être au service d'un propos et de personnages.

Or le propos le voici : Kim est Nord-coréen, il ne parle pas français, il est perdu, cherche Noisy-le-Grand et Marie. Pourquoi Nord-coréen ? Un propos politique se cacherait-il derrière ce choix ? Non. Il ne parle pas français, c'est tout. Alors il répète : «  No English, Korea », une bonne dizaine de fois, « Marie », une bonne trentaine de fois, « Noisy-le-Grande » -parce qu'il n'est pas français- une autre bonne dizaine de fois, en fait ce seront les seuls mots qu'il répètera en boucle pendant les 30 dernières minutes du film où l'on découvre qu'il peut communiquer.

Le spectateur peut accepter 40 minutes de déambulations monotones et répétitives, dans un décor vide et atone, sans dialogues, avec pour seule illustration musicale une note stridente de-ci de-là, si l'intention poétique rencontre des personnages, propose un regard sensible ou décalé. Or, comment donner du crédit à cette épure formelle quand elle se heurte à la niaiserie de flash-back façon sitcom pour présenter la dénommée Marie, ou de bribes de dialogues répétés ad nauseam par l'ex-mutique Kim, ou encore à des scènes prémonitoires filmées au ralenti et reprises plan par plan plusieurs fois de suite ? La poésie fragile des espaces urbains désolés est complètement anéantie par les procédés martelés, surinvestis et vides de sens. Le film se termine, on a souhaité 10 fois auparavant qu'il se termine, les occasions n'ont pas manqué de finir sans trop de dommages, elles ont été ratées. Il se termine de la pire des manières qui soit et on se retrouve comme le personnage, groggy, fatigué et la queue du poisson entre les doigts.

Anabzl

Ces deux moyens métrages sont visibles au Ritz et au Rex

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