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Normalement, les belges me font rire. Et ceux-là  avaient tout pour plaire. Jeunes, fraichement sortis de leur conservatoire, des bouilles sympathiques, et pas une thune. Décor en palettes et costumes de braderie. La théorie du Y, présentée à Lespas hier dans le cadre du Komidi,  fleurait la pièce qui se distingue par le  jeu et l'écriture à défaut des fioritures. Amère déconfiture.

L'idée est simple. Anna est issue d'une famille de belges moyens. La pièce, décomposée en tranches de vie qui n'ont malheureusement aucune saveur balzacienne, propose de la suivre à différentes étapes de sa construction psychique, de l'enfance à l'âge adulte. Cette traversée temporelle ayant pour objectif de nous préparer au dilemme qui sera le sien. Anna aime les filles et les garçons. Elle ne veut pas choisir d'orientation sexuelle. Ni subir la pression de la société. Qui est cruelle et intolérante. Voilà. C'est tout.

Mais c'est affreusement mal écrit et à peine mieux joué, en plus d'être noyé dans tous les clichés sur l'hétérosexualité et autres théories du genre.

Le jeu, qui repose sur un catalogue de techniques bénies des ateliers théâtre au lycée reste scolaire et jamais solaire. La pièce explore tous les registres et tous les tons, sautant de la comédie au pathos, du mime à la chanson, sans que jamais ne vienne le grand frisson. Entre théâtre d'impro à peine rigolo et trips d'ego, l'ensemble  manque de brio.

Côté écriture, c'est le plat pays, le talent de Brel en moins. Pour rendre palpable la frénésie de l'adolescence, on retrouve ainsi un plagiat ( conscient ? ) du mauvais roman de Delacourt, La liste de mes envies, où les personnages énumèrent leurs rêves. Ça donne des phrases comme : «  j'ai envie de lire le désir dans tes yeux ». 

Pas mieux.

Ou encore des comparaisons comme « Anna aime la viande et le poisson », soit  la bisexualité expliquée aux cons. 

Reste, et c'est le plus regrettable, l'angle choisi pour aborder cette thématique. ” Epineux le choix du partenaire rose ou bleu pour la vie entière (pour une heure ou deux). ” écrit Anna, sur sa caisse en bois.

Certes, il faut noter l'effort de la rime interne en ” Eu”. Mais les tergiversations de cette héroïne tête à claque sont aussi émouvantes qu'un scénario de série B : ” Et si on pouvait tomber amoureux sans se demander si c'est d'un homme ou d'une femme ? “. Que ceux qui trouvent ça mignon sortent les violons.

La scène finale du coming out en famille où Anna, femme fontaine presse une éponge dégoulinante, pour habiller ses propos est d'une élégance de station service. On l'aura compris, la moule est juteuse.

On  l'écoute se noyer entre Charybde et Scylla, mais on ne jouit pas.

Zerbinette

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