Bonbon Vodou

Les mémorables prestations de René Lacaille vendredi 6 au K et samedi 7 au Kerveguen avaient laissé poindre le talent de sa fille Oriane, comme un poisson dans l'eau au chant et aux percussions, pour accompagner son papa et les virtuoses Vincent Ségal et Piers Faccini. Elle poursuit sa tournée sur l'île accompagnée cette fois-ci par son homme pour deux concerts, hier soir au Zinzin et mardi 24 avril à La Cerise. Couple à ville et duo au chant, Bonbon Vodou est un récit de voyage musical métissé et ça vaut le détour.

À la base, je ne suis pas un grand spécialiste des chansonniers comico-naïfs mais la chaleur du Zinzin m'a fait prendre le chemin de ce repaire sudiste et je ne regrette pas cette embardée utopiste. Voici les bonnes raisons d'aller voir ce duo sous forme de liste :

Ce couple ne triche pas dans sa tendre complicité – même si ça peut irriter le spectateur recevant de vains appels racoleurs sur Tinder – et les échanges scéniques bien pensés sont vraiment attendrissants.

Le titre African Discount vaut à lui seul l'album malien de M « Lamomali » : la ritournelle que j'avais trouvée un peu gentillette sur album prend tout son sens en live avec des mélodies simples et chiadées jouées sur des instruments de fortune et des textes faussement candides qui dépeignent intelligemment leur attachement à ce continent.

La reprise du morceau « Le Nougat » de Brigitte Fontaine traduite en créole par René Lacaille décuple son potentiel comique surtout quand elle est sublimée par ces riffs de « guitare bidon », comme un vibrant hommage au blues touareg.

Si JéreM s'occupe à merveille des cordes (guitare sèche, guitare volontairement désaccordée, ukulélé, guitare bidon), c'est un plaisir sonore et visuel de voir sa moitié bricoler tous les accompagnements avec des objets plus ou moins de fortune : un cintre fait office de triangle, une boîte de conserve sert de percu, une bouteille de sirop tapotée et savamment balancée produit des sons chaloupés, un sac de plastique si cher à Alain Peters remplace le kayamb ou encore des crécelles de cheville donnent des allures de one-woman-band à Oriane.

Quelle chance d'assister à la reprise de Henri Salvador « Oh si y'avait pas ton père » chanté par JéreM en présence de son beau-père – René Lacaille pour ceux qui n'auraient pas suivi – pas peu fier de se faire musicalement moukater.

Le début du concert mettait en avant la voix de JéreM, dont le timbre aigu me rappelait un peu trop celui de Mathieu Chédid puis lorgnait dangereusement vers la nasalité d'un Christophe Maé. Heureusement, le gaillard est bien plus virtuose et capable de sortir une grande variété d'effets vocaux et d'harmoniques tantôt exagérément décalés tantôt pile poil dans la sonorité.

Pour finir, ce qui m'a plu dans cette proposition, c'est qu'on assiste à autre chose qu'un simple tour de chant : on est dans un vrai moment de concert théâtralisé qui sied à merveille à des cafés-concerts comme le Zinzin ou à La Cerise. Les références musicales sont pointues et variées, les gestuelles ont été bien travaillées, les prises de paroles sont drôles et avisées et cette fraîcheur scénique transpire la sincérité.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.