2018 1 Italiebresil Grand2

Pour l'échauffement, je voudrais annoncer que je me donne 45 minutes, soit une mi-temps sans arrêt de JE, pour vous délivrer mon avis sur Italie – Brésil 3 à 2, critique que vous ne lirez qu'après avoir vu ladite pièce, rendant cette séance d'écriture (au but) caduque.

10h 12 : Un ami programmateur – oui il m'en reste quelques-uns – avec qui j'échangeais sur une performance dansée me rappelait une chose essentielle concernant les attentes du lecteur quand il lit une critique : finalement, est-ce que l'auteur me conseille ce spectacle ? Je vais y aller tout de goal :

Non, je ne conseillerais pas Italie – Brésil 3 à 2

Bim ! But en or, merci, au revoir les Italiens

10h17 : Je ne trouve pas très finaud d'utiliser l'argument de vente suivant: « Que les choses soient claires : nul besoin d'être fan de foot pour apprécier la pièce de Davide Enia. Alexandra Tobelaim le concède d'ailleurs volontiers, elle-même n'y est pas sensible, n'en connaît pas même les règles. » Ce texte de mise en garde est assez clivant : il y a le monde du Théâtreuuu et celui des décérébrés fouteux. C'est assez révélateur de cette peur du théâtre d'auteur de faire trop « populaire ». Imaginez si on accueillait une troupe d'acteurs dans un stade et que le speaker leur précisait avant la partie que si les gens traitent l'arbitre d'enculé, c'est de la comédie et que ces personnes possèdent une capacité de raisonnement et de libre-arbitre.

10h 25 : Il y a tromperie sur la marchandise quand on nous prévient qu'il ne faut pas être fan de foot pour apprécier cette pièce. Tu parles! La majeure partie du propos c'est un résumé des cinq buts à la sauce commentaire sportif en faux-live différé de 36 ans. Alors, oui c'est bien plus poétique, enlevé et tranchant qu'un vrai commentaire de foot – l'envolée noise à la guitare et la description hypra tendue du premier but italien est virtuose – mais ça reste une narration très pointue et technique du ballon rond. Passé l'effet de surprise de cette narration minutieuse, on se lasse gentiment du procédé.

10h 32: On m'avait dit que l'acteur n'interpréterait pas tous les rôles de sa famille sicilienne mais il tombe quand même un peu dans l'écueil de l'imitation et je n'ai pas trouvé ça franchement émouvant ni drôle. On découvre les petites manies de cette famille, répétées au fil de la partie, on apprend que les italiens sont superstitieux et qu'ils vénèrent le foot autant que la religion.

Vlà le scoop !

Et ils mangent des pizzas et des pastas ?

10h 38 : Au final, le passage le plus émouvant et captivant de cette pièce c'est l'aparté narrant l'épisode du « match de la mort », cette rencontre entre le FC Start et la Flakelf, le 9 août 1942 qui a vu la victoire d'une troupe d'occupés sur ses occupants durant la Seconde guerre mondiale. Pourquoi ? Car il n'existe aucune image, aucune vidéo, aucune bande de cette rencontre et que plane un mystère sur les conditions de l'assassinat de plusieurs joueurs ukrainiens. L'intérêt de conter ce pan de l'Histoire du foot et de l'Humanité devient essentiel et pourrait être un sujet théâtral encore plus fécond, si l'on veut rester dans le monde du ballon rond.

10h44 : En fidèle lecteur de So Foot, pour anticiper ce spectacle, je reconnais avoir maté le résumé de ce match mythique sur YouTube et j'ai effectivement pris mon pied. Sauf que ça ne m'a pas aidé à vibrer et je n'ai jamais été emporté par la description mi-réaliste mi-extrapolée de l'acteur car elle est trop subjective, romancée, voire même déconnectée. Vous connaissez tous cette sensation de piperie quand ce pote vous raconte une anecdote, qu'il n'arrête pas de renifler et qu'il transforme un peu la réalité en amplifiant certaines données ?

10h51 : Au final, je suis assez sévère avec cette pièce car j'en attendais peut-être trop, dans le sens où j'imaginais un traitement plus sociétal, moins nombriliste et plus éclairant sur une période et des mentalités. Quand on pense que, quelques jours plus tard, en 1982, avait lieu l'homérique demi-finale France-RFA , on se dit qu'il y aurait là aussi matière à produire un objet théâtral hors norme.

10h57 : Merci quand même au Grand Marché pour ce début de soirée. Y'a bien un jour où je vais exulter mais vous me connaissez, hein ? J'ai un peu de sang italien mais j'arrive toujours pas à simuler.

Manzi

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