Brise Pastille

La population Saint Leusienne a longtemps été habituée à voir un clown sortir de sa mairie mais quand celui-ci interpelle la population du haut de sa fenêtre avec un nez rouge et qu'il utilise une subtile contrepèterie pour intituler son programme, mon esprit mal tourné aurait souhaité qu'il nous hurle : « Taisez-vous en bas! »

« Le clown est exubérant, outrancier, iconoclaste, porte un regard critique sur le monde et a une vision tronquée par une introspection qu'il met au service d'une distanciation sur des sujets précis dans une mise en abîme des fondements de notre société. » Cette définition volontairement alambiquée résume à merveille la performance de Moïse Bernier sur la place de l'hôtel de ville et elle provient d'un autre saltimbanque bien connu des festivaliers du Tempo, l'illustre Fred Tousch (n'hésitez pas à écouter son Goûter Choco Punk).

Nous avons tous un rapport ambivalent face aux clowns et cette proposition a clairement dérouté une partie de l'auditoire et effrayé quelques chiards qui repousseront le téléchargement du film ÇA à plus tard. L'année dernière, Leu Tempo avait déjà fait venir un gentil clown portugais, Lullaby mais celui de Moïse Bernier est beaucoup plus dérangeant car il puise ses racines dans cette tradition des clowns tourmentés que le punk rock s'était approprié dans les années 90 ; je pense notamment à Bérurier Noir mais surtout aux VRP pour la dégaine. D'ailleurs l'accompagnement sonore – notamment ce passage torturé à la guitare – rappelle cette décennie musicale et prolonge avec virtuosité les états d'âme d'un personnage aussi stoïque que psychotique.

Je suis toujours preneur de ces performances investissant des lieux connus des habitants, qui, le cas présent, porteront forcément un regard plus infantile sur cette fenêtre de l'Hôtel de Ville. Dans la première partie du spectacle, c'est vrai qu'on peut se lasser de ce terrorisé qui jacasse mais quelle vélocité quand il se mue en Jackass. La performance sur le mât chinois est intense, l'équilibre est fébrile, les boucles frénétiques du musicien électrisent notre matassin et les jeux autour du vertige nous figent. L'ultime aller-retour avec son violon est un modèle de suspension : le public en pleine temporisation est saisi par la poésie de ce Sisyphe dépressif et transi par les émotions soufflées par ce fragile bouffon.

Le vent l'emportera, tout disparaîtra mais le vent nous portera...

Manzi

Dernière représentation ce samedi 12 mai, à 17h, place de la mairie et c'est gratuit!

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