• 20 décembre 2018
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SOIS FORT: DÉCRIS LE DÉCOR

ZERBINETTE : La compagnie Carton mécanique n'a clairement pas investi dans le décor à gros budget. Sur le plateau, des objets pas forcément beaux. Frigo, cartons empilés, serpillère et balai, pour un grand déballage de la trivialité. Sous les ampoules vacillantes, l'ambiance est chaotique. Au commencement, un déménagement. 

MANZI : Une table, un tas de cartons (mal) étiquetés, un fond blanc rétro-éclairé et un gonz qui déballe ses affaires. Typiquement le genre d'ambiance que j'affectionne pour ce genre de performance : des boites qui questionnent, des bricolages faits maison, une technologie au service de trucages efficaces et un habillage sonore en parfait accord. Dommage que le titre soit aussi explicite et oriente précocement nos mirettes vers l'animation de sa silhouette.

PASSE L'HISTOIRE À LA PASSOIRE

MANZI : Il est question d'un emménagement, aussi tourmenté que ma collègue essayant de mettre en page un papier. Fort heureusement, ce chaos se mue en poésie grâce à des tours de magie qui m'ont presque fait oublier les escarpins roses arborés par Zerbi. Ce déballage d'objets, d'émotions et d'obsessions transforme le calvaire d'une installation en détournements DIY épatants. C'est l'histoire d'un grand enfant qui déguise sa réalité en rêve éveillé, qui s'agite moins vite que son ombre mais qui balaye ses peurs avec l'ingéniosité du bricoleur.

ZERBINETTE : C'est l'histoire d'un mec qui se sent très seul. Seul avec ses cartons remplis de souvenirs d'enfance, seul avec ses fantasmes, seul avec ses névroses, seul à emménager dans une vie qu'il a grand besoin de meubler. Alors il se raconte des histoires. Chaque objet manipulé ouvre une porte vers un manque à combler. 

SCÉNOGRAPHIE AU BISTOURI 

MANZI : Alors que Zerbinette aime vanter l'éloge de la nonchalance pour créer une ambiance, je fais preuve de moins de résistance face à l'impatience. J'ai trouvé quelques passages un peu longuets comme ce changement d'ampoule pas très innovant et un zapping radio redondant. Le travail autour des ombres chinoises est captivant pour les enfants mais le solo décolle quand son double projeté se met à bouger. Le dispositif technologique est archi bénéfique, le dernier quart du show monte crescendo et on ne se lasse pas des interactions de ce néo-duo. Le modeste spectateur que je suis aurait préféré une première partie resserrée et une deuxième moitié encore plus débridée.

ZERBINETTE : Ce qu'il y a de bien quand t'es assis à côté de Manzi, c'est qu'il te dépiaute la scéno mieux qu'un os de gigot. C'est aussi le moment où il ne pionce pas, voilà donc le fatras. Il a râlé parce que spectacle était un peu longuet à démarrer. Il s'est ébaudi quand Lung Tung a peuplé l'écran de ses clones musiciens : le concert d'ombres déjantées l'a enchanté. Il a flippé quand la salle s'est allumée et que le comédien s'y est promené, par peur de se faire griller en train de ronfler. Enfin, du tréfonds de ses entrailles, il a avoué que la scéno était pleine de trouvailles.

CE QUI T'A MARQUÉ SANS T'ÉTALER

MANZI : Dans le domaine musical, l'utilisation des loops en live m'a toujours fasciné et ces boucles vidéos procurent des tableaux originaux. Les effets saccadés ou retardés appliqués sur l'ombre portée ouvrent un champ des possibles illimité et on ne se lasse pas des délires occasionnés. En saupoudrant ce spectacle de nouveaux grains d'excentricité, il peut se révéler une référence de méticulosité et d'inventivité.

ZERBINETTE : Le spectacle porte mal son nom. Voilà un titre, « Le bruit des ombres » qui  fleure le spectacle ultra conventionnel à mi-chemin entre théâtre de marionnette et folklore asiatique. Fort heureusement, il n'en est rien. La création regorge de trouvailles assez géniales, où manche, serpillère et rouleau de papier savamment agencés deviennent par projection le corps torride d'une pin-up allongée. C'est bluffant, le reste est souvent à l'avenant.

T'AS AIMÉ OU PAS? SOIS FRANC OU TAIS-TOI

ZERBINETTE : Au début je l'avoue, je craignais un peu la médiocrité d'un show cheap sans choc, la faute au décor de bric et de broc. Triple erreur. Côté fond, Guillaume Lung Tung a poussé le bouchon. Voir un acteur oser mettre en scène le fiasco de sa libido dans un spectacle jeune public donne lieu à des envolées sarcastiques. Côté technique, le travail réalisé avec les ombres du comédien, clones démultipliés, en a bluffé plus d'un. Enfin, le regard goguenard du clown sur les splendeurs et misères de nos vies de pauvres ères m'a réjouie. Au pays des vieux cons cloisonnés par les discours intellos pondus par les radios bobos, l'artiste propose une virée insolente dans la cocasserie de ses rêveries. 

MANZI : Ne boudons pas notre plaisir avec ce solo assez étonnant qui plaira autant aux parents qu'aux enfants. Par pitié, respectez l'âge limite de 7 ans et n'allez pas pourrir ce moment avec votre têtard et ses braillements. À l'issue de la représentation aux Avirons, Zerbinette s'avançait même jusqu'à me susurrer que « ce spectacle avait tout pour faire partie de la programmation d'un futur Toto Total » et, grâce à la magie de Noël, je rejoins pour une fois la demoiselle. J'ajouterai même cette appréciation générale que j'ai pompée sur le bulletin scolaire de mon fiston : « Un très bon bilan mais la marge de progression est encore grande. Félicitations »

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