Rode Boom

Les mentalistes, c’est flippant. Leurs spectateurs encore plus. Il y a du masochisme à payer pour se faire rouler dans la farine. Dans le sable, d’ailleurs, pour celui qui nous occupe. Kurt Demey m’a angoissée. Mais surtout bluffée. « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard ». Dommage pour Mallarmé. Ce grand barbu l’a malmené. Non sans nous scier.

Il est grand, massif, hirsute, et sapé comme un quidam. Adieu haut de forme, paillettes et autres amulettes. Kurt Demey n’est pas Gérard Majax. Son acolyte, à la mine patibulaire, est muet comme une carpe et sombre comme un maitre d’hôtel version Bal des vampires. D’ailleurs, côté scéno, la déco intrigue autant qu’elle inquiète. 

Au sol, un arbre de vie aux multiples carrefours, couvert de pots de verre remplis de sable. Au fond, une étagère, encadrant un mystique mobile. À droite, un labyrinthe vertical pour jet des dés. À gauche, un guéridon. Et cinq métronomes en suspension. 

Joris Vanvinckenroye, cadavérique sous les lumières bleues, entoure sa contrebasse. Les notes graves imprègnent la touffeur nocturne, et Demey commence sa narration. Entre caverne de savant fou et antre de Frankenstein, on n’est pas loin de l’univers de Franck Oz, version Dark Crystal.

La suite repose sur un axiome que ce spectacle démontrera au delà du raisonnable : l’humain, quoique soumis au hasard, n’échappe pas au jeu des correspondances. Pas d’imprévisible pour qui connait les lois de la métaphysique. 

L’enchevêtrement d’expériences avec le public aboutit, n’en déplaise aux sceptiques, à une issue identique. Demey devine, invariablement,  le contenu des inconscients individuels. Soit.

Mais lorsque l’épreuve devient collective, la stupeur est vive. Avant le début du show, chaque spectateur a sélectionné deux photos sur un présentoir. Charivari de consignes et de déplacements. On les échange, on les déchire, on les triture, on les mélange. Pour un peu, on y jetterait de la poudre de perlimpinpin.

Féroce, je me réjouis. Si je reconnais jusqu’alors au monsieur un talent certain, je lui refuse celui de sortir indemne de tant de dilemmes. Qu’on lise dans une tête, soit. Mais qu’on maîtrise les rouages d’une équation à 250 inconnues, nenni. Le public bat ses cartes, et moi ma coulpe. Levée des tentacules ! Nous sommes un vaste poulpe. Alors, stupeur et tremblements dans cette marée humaine.

Je ne peux t’en dire plus, spoiler n’est pas jouer. Mais à la fin de l’envoi, il touche.

Va au K ! Tu comprendras pourquoi.

Zerbinette

Evidences inconnues est à voir au K , jeudi à 18H30, vendredi à 18H30, et samedi à 17 H.

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