00 Affiche Emigres

Si le thème de cette pièce écrite dans les années 70 est toujours d'actualité – sur le chemin du Grand Marché mardi soir, le flash info de mon autoradio revenait sur les violentes émeutes inter-ethniques de Calais – les questionnements de nos deux émigrés sur scène résonnent de façon un peu surannée vu notre contexte dramatique.

La pièce débute dans l'ambiance fiévreuse d'un squat de deux exilés sans-le-sou, une sorte de refuge en bois de palettes recyclées, et se termine dans le même repaire sens dessus dessous. Si le mobilier a été chamboulé, ça n'a pas été mon cas au niveau émotionnel : j'ai eu beaucoup de mal à naviguer dans ce jeu tragi-comique qui ne m'a ni secoué ni boyauté. L'interprétation est sans bavure, même si j'ai largement préféré le jeu gouailleur de David Erudel dans Ubu roi, et moi, et moi. Jean-Laurent Faubourg est toujours aussi à l'aise quand il déroule sa tirade d'intro à la « Serge le mytho » – même si le texte ne bascule jamais dans un registre humoristique débraillé – mais prend une dimension plus intense quand il monte dans les tours de l'autodéfense.

La mise en scène doit ressembler à ce qui devait se faire dans les années de la création de cette pièce ; à savoir un décor unique, des jeux de lumières aussi chiches que les portefeuilles des personnages, des habillages sonores trop rares et une température dans la salle propice à chauffer le carafon mais nuisible à l'immersion. On pourrait me rétorquer que ce dépouillement scénique prolonge celui de ces deux émigrés pour sublimer la profondeur des dialogues; ce qui est un argument aussi léger que les propos sont saturés. Sur le fond, la réflexion autour de l'exil est pertinente et exigeante mais, sur la forme, les leçons de philo promulguées par le réfugié intello à son apatride prolo se noient dans les imbroglios persos.

Il est fort intéressant de remettre au goût du jour ce texte de 1974 vu qu'il fait écho à notre sordide réalité mais j'estime que les spectateurs du 974 ont le droit d'attendre d'une pièce du CDOI une scénographie à la fois épurée et teintée de modernité. Et climatisée.

Manzi

Les Émigrés, à voir le vendredi 23 février, à 20h, au Musée Stella Matutina

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.