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Maloya. Le spectacle made in Reunion dont la gestation faisait trembler. D'abord parce qu'il s'annonçait comme un objet théâtral non identifié. Ensuite parce qu'il touchait à un patrimoine sensible sur cette île. Enfin parce qu'il marquait le retour sur  scène de Sergio Grondin après deux ans d'absence. Qu'importe. La première au K fut un succès. Dissection dans ce papier.

Pour touiller la marmite identitaire réunionnaise , voilà un trio qui  risquait le fiasco. À votre gauche, Kwalud.  Maestro de l'électro éclectique. Accessoirement coturne taciturne. Déraciné mais non dépossédé. 

À votre droite le yab Grondin, colmatant ses failles généalogiques de sa gouaille analgésique.  Enraciné sans être enfermé. À la mise en scène, David Gauchard, métro toujours sur le départ. Entre deux îles, entre  deux hommes, celui dont l'identité n'a nul besoin d'être localisée.

Deux zoreys et un yab, tous co-auteurs. S'emparant d'une question, mais est-elle la leur.  « Qu'est-ce qui fonde l'identité créole ? »Pour être risquée, l'entreprise n'est pas sans saveur.  

Ne prends pas peur. Les auteurs aiment la maïeutique bien plus que la politique. 

Au commencement, l'outrage. Grondin est papa. Lorsqu'il se penche sur le berceau, de vilaines fées font fourcher ses mots. Il parle à son fils en français. L'anathème est jeté. Le yab a trahi, son âme est damnée, Grondin va-t-il trancher la gorge de son identité ? Non. Mais ton voyage vient de commencer.

Il se joue à rebours, sous forme de collectage. Pour tenter de comprendre ce qui fait qu'on se pense réunionnais, lorsque la langue de bec se sent abandonnée, il convoque le Maloya. Merveilleuse métaphore de l'identité créole, qu'il suffirait d'interroger. Au passage, c'est souvent drôle. Quand Grondin prête sa voix aux piliers de la créolité, la parodie est musclée. Côté signature sonore, Kwalud ne verse pas dans la facilité. Que les inconditionnels du traditionnel passent leur chemin, cette musique-là ne leur dira rien. Et pour cause.

Le Maloya résiste à l'épreuve du « je ». Grondin a beau convoquer tous ses dalons, le Maloya repousse l'unicité d'une définition. Le conteur est forcé de  multiplier les questions. Qui a raison ? La création se refuse à toute affirmation. Que c'est bon.

Alors la constellation créole peut déployer ses bataillons, et Grondin étaler des prénoms. Déposer les étiquettes  de tous ceux qui ont parlé de leur Réunion. Ça sent Babel plus que l'union.

La mise en scène, souligne avec une vigueur subtile l'impossibilité d'enfermer ce Maloya dans une langue, fut-elle de bois. De receptacles de bambou s'échappent de bouillonnantes fumées, forces vives de la parole en fusion. Sur un écran qui servait à la traduction, les phrases se bousculent à reculons. ” Je crois que seules des pensées incertaines de leur puissance, des pensées du tremblement où joue la peur, l'irrésolu, la crainte, le doute, l'ambiguité saisissent mieux les bouleversements en cours. Des pensées métisses, des pensées ouvertes, des pensées créoles. ” Edouard Glissant en sage marraine a parlé. En français. Et qu'importe.

Kwalud, Gauchard et Grondin ont accouché d'un sacré bébé.

Zerbinette

Va voir Maloya  ce soir vendredi 11 mai à 22 h au K, et vendredi 1 et samedi 2 juin à 20 h au Teat Champ fleuri.

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