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« Des garçons pissent et ils se tiennent par l'épaule, ( . . . ) ô le bonheur de s'agenouiller dans l'ombre et de lécher sur le mur leur pisse en me branlant, ô les merveilleux gémissements de l'enfant vierge prosterné devant le malheur . . . »

Voilà le genre de propos que l'on a pu entendre vendredi soir au théâtre Champ Fleuri, dans la bouche D'Emilien Diard-Detoeuf, le comédien qui interprétait l'adolescent lubrique du Cahier Noir d'Olivier Py. Alors, obscène cette mise en scène ? Et gratuitement salace le propos ? Rien n'est moins sûr. En selle brave lecteur pour une cavalcade à brides abattues dans les continents intérieurs d'une âme tordue.

Le cahier noir. Déjà tout un programme et l'amorce d'une contradiction. En effet, le cahier, objet scolaire destiné à recevoir docilement un apprentissage s'accommode mal de noirceur. Voilà une oeuvre dont le titre fleure la rébellion d'écolier. On n'en est pas très loin dans le fond, si ce n'est que côté forme, la plume de Py, du haut de ses 17 ans, est de haute volée.

Il  y écrit ainsi, sous forme de fiction fortement teintée d'autobiographie, la fulgurance de ses frustrations. C'est un lycéen brillant que la monotonie de la bourgeoisie provinciale assomme. Que l'homosexualité assaille avec une vigoureuse exigence. Qui veut souffrir par l'autre, se scarifier, et se sacrifier, au nom  d'une masochiste intensité.

Dans un récit à la première personne, il y décapite donc les institutions et la parentalité, le conformisme et la religion, avec une acuité saisissante pour un boutonneux.

Le cahier noir, c'est l'écriture de tous les excès, une plume baroque qui s'expose à grands jets lorsque la sève, retenue, bouillonne dans le corps. Et plus que tout une ode à l'autodérision, où  ces lamentations de puceau génèrent d'hilarants propos.

Pour mettre en scène un tel ego, Py a bossé une mise en scène au cordeau. Nuances  anthracite pour une oeuvre au noir jubilatoire. Quelques objets symboliques : un lit d'enfant, une chaise, un bureau. D'une banalité qui contraste avec les édifices syntaxiques dont accouche en continu le comédien Emilien Diard-Detoeuf, virtuose dans le rôle titre.

Pas facile de soutenir une telle logorrhée, les dialogues étant rares dans ce cahier noir.

Certes, on peut être complètement imperméable à l'expression d'une telle subjectivité. Certes la langue de Py est ciselée et ça peut effrayer. Mais la pièce convoque par son saisissant culot. Elle dit l'universelle pulsion, la danse sauvage de l'éros et du thanatos autour de l'égo. Avec emphase mais brio.

Zerbinette

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