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Les enfants du pavé dionysien ont grandi. Moins spectaculaire, plus intimiste, la dernière création de Kevin Jean pour les New Gravity génère des avis partagés. Entre les inconditionnels de l'acrobatie pure et dure et les férus de l'épure, les ados du Toto Total débattaient sec dans les tranchées. Bongou aux aveux prend la voie du milieu.

The Sweet way. Le titre  est un appel à la douceur. Changement de cap radical donc, pour ceux qui se souviennent d' Emergency, première chorégraphie imaginée par Jérôme Brabant, pour ces enfants sauvages qu'il avait fallu dompter hors de leur jungle urbaine. Le résultat : un véritable feu d'artifice de performances acrobatiques qu'apaisait la musique baroque avait séduit le public. C'était en 2015.

Trois ans plus tard, c'est au tour de Kevin Jean, autre chorégraphe réunionnais, de faire parler ces corps d'athlètes au-delà des pirouettes. Certes, transcender la performance sportive, et passer du parkour free run au plateau n'est pas forcément fun. C'est un choix courageux qu'a pourtant fait Kevin Jean, rabotant copieusement sur les cabrioles pour instaurer dans l'univers des fougueux traceurs, de la lenteur, et même de la profondeur.

Concrètement, The Sweet Way  casse la course  du chapelier fou pour que ces gosses se perdent  dans leur labyrinthe intérieur. Ils nous parlent alors de leurs origines, de leurs fractures, ou de l'absence du père. La voix off, très artisanale, instaure néanmoins une authenticité que renforce le travail d'interprétation des jeunes. Les expressions sont graves, les gestes en suspens, on s'appuie les uns sur les autres dans la pesanteur ou l'apesanteur, au grès du récit.

Trois cubes de bois nu servent de socle plus que d'obstacle, métaphoriques de l'enracinement de la parole et des corps : The Sweet Way est un retour aux origines. Certes le thème n'est pas nouveau et l'écriture perfectible. Mais ce spectacle déroute par quelques tableaux inattendus. Ces gamins jadis électriques apprennent l'étreinte et la contrainte de l'immobilisme, la marche à reculons plutôt que la fuite en avant.

Le résultat est touchant,  sans mièvrerie, parce que ces athlètes, s'éloignant de la performance individuelle apprennent, dans la lenteur et la douceur, à être danseurs. Pas de révolution. Juste une belle évolution.

Zerbinette

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