Merge From Ofoct(3)

Jeudi 11 avril, Bertrand Belin se produit à L'Olympia, ça coûte 44 boules et c'est complet depuis des mois. Alors mesurons notre chance d'avoir pu assister à ce grand moment de chanson et de rock à la française, ici, sur notre Caillou, sur la scène magique du K, avec une jauge parfaite, une proximité avec l'artiste que les parigots peuvent nous envier surtout quand le tarif est divisé de moitié. Eh ouais, à La Réunion, la vie est chère mais pas pour les concerts.

Je ne vais pas vous mentir, je me méfiais un peu de ce concert car le dernier album Persona, s'il me réjouit par la sensibilité des thèmes abordés, sa poésie décalée, sa langue si particulière – j'ai également été conquis par son dernier roman Grands Carnivores – et son regard affûté sur notre société étriquée, ne m'a pas convaincu au point de l'écouter d'une traite et dans son intégralité. Oui mais voilà, en live, Bertrand Belin m'a retourné après les trois titres d'entrée et “Sur le cul” je me suis retrouvé. Comment ce magicien a transformé un bizut de la nouvelle chanson française en Bézu du minimalisme chanté ?

Bertrand Belin c'est Philippe Katerine avec les couilles de Vincent Cassel

Déjà, on va tout de suite écarter les affiliations avec Bashung car, oui Bertrand Belin a une voix grave comme le maître, mais son phrasé et son charisme ont une toute autre identité. Bertrand Belin assume avec une présence animale son rôle de crooner : ses gestuelles sont millimétrées, le personnage est habité et son jeu de guitare illuminé. Ce qui saute aux yeux c'est avant tout l'interprète, dans le sens acteur du terme, tellement ses prises de parole lors des intermèdes sont aussi chiadées et inspirées que ses paroles ciselées.

Pour la tchatche, pas de place à l'impro et jamais de relances démago. L'univers du dernier album est sublimé par ces saynètes hilarantes et incarnées. À tel point que je ne me lasse plus d'écouter son nouveau disque – qui a eu droit à une présentation quasi exhaustive ce vendredi soir – car je le perçois maintenant dans sa dimension sarcastique et humoristique. C'est assez rare de voir un artiste proposer en concert quasiment l'intégralité de son dernier album et réinterpréter des tubes comme “Folle Folle Folle”,Camarade” ou le sublime “Hypernuit” avec une telle fluidité et unité. Aux côtés de ses excellents musiciens, on ne peut que se réjouir de voir l'artiste accompagné par une vraie équipe technique, notamment un technicien lumière qui a proposé des tableaux variés et dépouillés, contribuant à une représentation magistrale dans ce mini opéra qu'est la scène du K.

Si la mise en avant des synthétiseurs était osée, l'ensemble demeure un manifeste rock classieux et nerveux avec des solos de guitare jamais onanistes, toujours au service de la transe. Et que dire de ce petit cadeau final avec cette version shoegaze du titre des Liminanas “Dimanche” qui surpasse l'original par sa dimension noise amplifiée par deux fougueux synthés.

“J'ai une amie, Vicky, Son vrai nom est Suzie, On l'appelle Sue, Je l'appelle Vie, Vie...”

Merci à Bertrand Belin, ses musiciens, ses techniciens et à l'équipe du Séchoir pour ce grand moment de musique et de vie.

Manzi

Merci à PixAnou pour les photos

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