00 SAKIFO GLOBAL

Entre les retours trop angéliques de la presse quotidienne et les commentaires vénères des haters, heureusement que Saint Manzi redescend de son nuage de la Ravine des Cabris pour offrir son expérience sensorielle à ses joyeux apôtres.

Disons-le tout de go, oui ce fut un bon Sakifo avec un Esprit enfin retrouvé après une précédente édition stratégiquement axée sur des propositions électro à destination des jeunes générations. Je n'ai pas vécu UN vrai gros concert mémorable mais j'ai fait de belles petites découvertes. Au niveau affluence, la règle mathématique du 5, 10, 15 a été respectée :

5000 personnes le vendredi, c'est mimi pour ne pas perdre ses amis mais, à Salahin, on se sent un peu seul et con devant Tricky avec son melon. Heureusement que Lindigo Connexion a fait le show; il faut juste oublier ce gros moment embarrassant occasionné par cette ridicule compo rock FM de Yarol Poupaud. Retenons plutôt ces précieux instants de partage générationnel, notamment ce climax quand René Lacaille, Fixi et Olivier Araste font chavirer l'excitation à coups d'accordéons tandis que Pongo multiplie les bonds. C'est d'ailleurs à cause de cette furie que je ne suis pas complètement entré dans le concert de Puts Marie, enchaînant les allers retours entre la Poudrière et Filaos. Une erreur de débutant pour un festivalier chevronné que je regrette à moitié car il a assouvi ma curiosité.

10 000 zigues pour le samedi et là c'est le paradis. Du monde oui mais sans hystérie. Vous vous doutez que je vais vous parler du concert des Make-Overs ? Et comme par hasard, le volcan entre en éruption un peu plus tard... Coïncidence ? Ou complot facile pour briller en mondanité ? Je ne vais pas encore m'étaler sur le talent de ces deux adulescents et, pour une fois, j'ai même trouvé que le son (trop sourd) n'était pas à la hauteur des huit précédents concerts que je m'étais déjà offerts. Et que dire du régisseur qui les empêche de faire leur rappel alors qu'il n'y a plus rien derrière... Quand le professionnalisme tourne au fascisme. Y'en a un qui ne souffre pas trop du professionnalisme c'est l'ami Doherty.

Honnêtement, sans mon dalon acquis à la cause de ce rockeur de la perfide Albion, j'aurais fui vers d'autres horizons mais je ne regrette pas cette immobilisation. C'est le premier concert que je vis par procuration en souffrant autant que le batteur de fortune qui découvrait les morceaux en même temps que nous (NB: le batteur officiel est resté coincé en Espagne, puta madres !). Alors oui ce fut très mou mais les lumières – toujours parfaites sur Sakifo – ont sauvé le naufrage et si Pete fait un peu pitié, ses riffs de guitare sont toujours aussi affutés, ses mélodies soignées et sa voix bien posée pue la sincérité. Après le carton de Lindigo, il faut souligner le choix audacieux et payant de programmer Dj Sebb Band, qui a carrément fait le job en faisant bouger un public hétéroclite et surtout les lignes sur la perception de cette manifestation.

Je vous en mets un peu plus que 15 000 pour dimanche, ça ira mon bon monsieur ? Bin non ça va pas le faire Msieur Galabert. Je serai un (saki) faux-jeton si je ne mentionnais pas le problème de cette surpopulation. J'ai assez maudit les Électropicales l'année dernière quand le Fanal saturé m'avait empêché de voir leur tête d'affiche, Carl Craig. Alors, la tête d'affiche du Sakifo, c'est bien simple, je ne l'ai même pas aperçue. Il suffit d'aller voir les commentaires sur les réseaux sociaux pour mesurer la déception des aficionados. Ceux qui attendaient les Innocent Criminals n'avaient qu'à mieux se rencarder mais je ne suis pas sûr que ce choix d'un Ben Harper en tournée low-cost soit une bonne pub pour le festival. Franchement, ce rassemblement ressemblait plus à une expérience immersive dans un élevage en batterie de pigeons qu'à un moment de communion. Si Sakifo a réussi à « faire » Ben Harper, la sensation est la même que boire un Spritz chaud : amère ! Surtout elle crédite les mauvaises langues mal informées que tout ce qui est proposé à La Réunion reste de seconde zone par rapport à l'Hexagone.

Heureusement que, juste avant, j'étais pépère à la Poudrière pour découvrir Adam Naas et un sacré concert. De même, l'enchaînement Alpha Wan et Vitalic avait vraiment de la gueule et la double proposition de 1H, souvent la meilleure – Holy Soul ou Kiddy Smile – permettait de remuer enfin sa carcasse avec des univers sacrément différents mais bigrement efficaces.

Encore bravo à tous les pros, bénévoles et artistes, artisans de ce bonheur éphémère dont toute La Réunion peut être fière.

Manzi

Un immense merci à pixAnou pour le crédit photo

 

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