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« Le spectacle parle de cette chose qui arrive à la Réunion, et qu'on regarde à travers la télé, qu'on regarde travers les écrans. On a créé ce spectacle dans la rue, et je crois qu'il était important de revenir à la rue ». Cette chose, c'est la migration des êtres humains dans le chaos des villes. Ces mots, ce sont ceux de la chorégraphe réunionnaise Soraya Thomas, pour clôturer sa dernière création : La révolte des papillons. 4 danseurs dans le ring de la torpeur.

 

SOIS UN HÉROS DÉCRIS LA SCÉNO 

Une arène de terre sous un ciel à la Turner. Ce soir, Saint Leu offre un crépuscule tourmenté. Lorsque fumigènes et sirènes se déclenchent, annonçant l'état d'urgence, la palette nuageuse devient surréaliste. Ciel d'artiste dont l'assombrissement progressif renforce la dramaturgie de ces humains perdus dans la nuit. Peu d'artifices pour cette chorégraphie dominée par la rudesse des matériaux. Le sol est caillouteux, l'espace est nu, vide, densifié par la poussière. 

PASSE L'HISTOIRE À LA PASSOIRE 

Raconter les migrations humaines, c'est se confronter à la difficulté de matérialiser la perte de soi, la solitude,  l'impuissance, le rejet, la déshumanisation, mais aussi le pouvoir de la solidarité. Les danseurs ont parfaitement incarné ces différents aspects de la tragédie migratoire. Regards hagards et corps tantôt désarticulés tantôt imbriqués, ont soutenu tout au long de la prestation une tension dramatique communicative. 

 

CHORÉGRAPHIE AU BISTOURI

Soraya Thomas m'émeut par sa capacité à magnifier la lutte et  la chute des corps, qu'ils soient soumis à la dépendance, comme dans sa précédente création Head Rush, ou à l'impossibilité de s'ancrer dans un territoire. La générosité des interprètes ajoute à l'authenticité de ce spectacle altruiste. Ils confrontent sans ménagement leurs membres à la poussière, au tranchant des cailloux, racontant sans faux-semblant la rencontre du corps avec le sol, lorsqu'il n'est pas terre d'accueil. 

CE QUI T'A MARQUÉ SANS T'ÉTALER

 Le tableau où les 4 danseurs, bras le long du corps en un quadrille qui évoque plus le troupeau que de l'esthétique classique martèlent le sol, en mille et une variations du pas de bourrée. À mi-chemin entre le Boléro de Ravel pour l'état de transe et Midnight Express pour la circularité aliénante, ce passage chorégraphique effraie. L'humain est désincarné, les corps militarisés, et la migration monstruosité.

T'AS AIMÉ OU PAS, SOIS FRANC OU TAIS-TOI

Que oui. Et sans vouloir te spoiler, j'ai  même trouvé de la douceur et de l'espoir dans ce final participatif. Soraya Thomas a raison. Lorsqu'on franchit l'écran de fumée, le monde retrouve son humanité.

À voir au boulodrome du Leu Tempo festival 2019, ce vendredi 17 mai à 17H30

Zerbinette

Merci à JN Enilorac pour le crédit photo

 

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