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Dans ce climat de morosité où l'antienne « c'était mieux avant » résonne sur toutes les chaines, Eric Lauret se targue, dans son nouveau one man show, de relever notre moral à zéro. Et Lé Mantèr, c'est une satire sociétale pour démonter propos convenus et idées reçues. Insolent, sarcastique ou bon enfant, Lauret te prouve que c'est mieux maintenant. Entretien avec l'humoriste qui fait rimer artiste avec optimiste. Et c'est pas triste. 

D'abord, tu viens d'où Eric Lauret ? 

(rires) Je viens du sud comme Amel Bent. 

Quand est-ce que tu as commencé à faire marrer les gens ? 

J'ai toujours été le petit marrant. Celui qui s'énervait quand on ne l'écoutait pas. Il faut dire que j'ai changé beaucoup d'écoles, pour des raisons familiales, et que inconsciemment sans doute, j'ai fait du rire une protection. J'ai pris l'habitude, pendant les moments de tension, de sortir une vanne, pour détourner l'attention. Voilà pourquoi les premiers qui m'ont fait rire étaient Muriel Robin et Pierre Palmade. Je me reconnais d'ailleurs pas mal dans le livre « Fragile »de Muriel Robin.

Donc ton métier est une vocation.

Pas tout à fait. J'ai toujours voulu être dans l'artistique. Mais je voulais aussi être guide touristique et pour des raisons médicales, je ne pouvais pas. Alors j'ai commencé la ligue d'impro au lycée BoisJoli Potier du Tampon. Et je me suis rapidement rendu compte à quel point, comme le dit Jamel dans le documentaire Liberté Egalité Improvisez, l'impro peut sauver des vies. J'ai découvert cette liberté d'expression  folle, et cette évidence réconfortante : il y a des fous comme moi. Et ça m'a rassuré de ne pas être seul à rigoler pour tout et n'importe quoi.

Ensuite, tu diversifies ta formation . . . 

Oui. Je fais une école de spectacle à Paris en 2001. Puis je reviens à la Réunion et je rencontre les Pat'Jaune. Je jouais souvent leurs morceaux et voilà qu'il leur manque un guitariste. C'est parti pour deux ans à l'électro acoustique. Et, marque de fabrique du groupe oblige, je suis aussi de service pour jouer avec eux. Ensuite, je monte un groupe, je fais une école de spectacle puis de musique, et je bosse 5 ans chez Picard, dans la région parisienne, où je me marre bien avec les clients. 

Et puis tu rentres chez toi et chez les gens, via le petit écran...

Oui. En 2011,  je rentre à Réunion Première en tant qu'animateur radio. Jean Laurent Faubourg me propose une expérience : animer avec deux comparses une émission « Bann' Dalon » pour commenter la vie culturelle de l'île. Je fais chaque jour une parodie de chanson. Puis pendant un an et demie, je fais des billets d'humour : Les yabtualités. En 2013, je suis remercié. 

Alors tu retournes vendre des surgelés. 

Et non. Je rencontre Sergio Grondin que je vois dans KoK Batay, mais aussi Sully Andoche, Annie Grondin et Daniel Honoré. Je me dis : moi aussi  je veux raconter des histoires et je me rends compte que c'est un métier. Alors ils me forment. Puis je rentre dans la compagnie de Sergio : Karanbolaz. Et je me mets à l'écriture du conte pour ados En attendant Dodo.

Mais alors par quel chemin arrives-tu au one man show ? 

Entre 2014 et 2017 on crée Kaz Péi, une série avec mes potes Lysiane et Boris. Le pitch : des scènes de ménage version créole. J'y joue un trentenaire riche qui vit en coloc avec un pote maniaque. Ça me permet de me frotter à l'écriture de sketches humoristiques format 30 secondes. Boris me propose ensuite d'écrire pour son one Yab show, tout comme Lysiane. Puis Yvan sudre veut relancer en 2016 le festival de l'humour et nous ouvre la soirée des solos. 

Dans ton dernier spectacle, Et Lé Mantèr, tu nous éveilles à la manipulation . . . 

J'aime dénoncer les dangers du savoir inutile. On est bombardés d'information mais peu formés à l'esprit critique. Or, je n'aime pas les théories alarmistes. Le premier à avoir alimenté nos peurs, fut le JT. Le résultat est extrêmement pervers.  

Explique-nous.

Il faut arrêter de dire aux gens que tout va mal. Après les gens se disent : foutus pour foutus on s'en fout. Et ils accentuent leurs comportements destructeurs ou irresponsables. Il faut leur montrer le contraire, à savoir qu'on peut encore avoir une influence sur la société.

Toi président de la république . . . 

Il faut éduquer et informer le public pour qu'il arrête de bouffer de l'info sans recul. Avec ce spectacle j'aimerais arriver à prendre la chose de l'autre côté. Je montre, avec l'exemple de l'ours de Baffin, que c'est à chacun de nous de vérifier l'info.

Un artiste optimiste? Et puis quoi encore ! 

Je suis un optimiste. C'était pas mieux avant. Yacouba Sawadogo a réussi, tout seul, à repousser le désert. Gandhi, chantre de la paix, a d'abord commencé par être un guerrier. Dans ce spectacle, je combats les idées reçues. 

 

À voir le jeudi 21 février au Théâtre Canter, tu ne seras pas déçu.

Propos recueillis par Zerbinette avec la précieuse collaboration d'Eric Lauret.

Cet article comporte 1 commentaire

  1. Ju

    Super cette interview !

    Pour avoir vu le spectacle, j’avais deviné que le monsieur était très intelligent et avait un message… mais j’avoue que j’ai surtout beaucoup ri !

     

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