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SOIS FORT: DÉCRIS LE DÉCOR

ZERBINETTE: Et pourtant, elle tourne... Quoique décapitée sur la platine du salon familial, devant son pendant animal, la tête diaphane offre sa blondeur échevelée. Pas de lever de rideau. Derrière elle, la tête du cerf en écho. Voilà pour le premier duo. Jusque là, c'était nouveau. Après, on se prend les pieds dans le tapis du déjà vu. L'intérieur bourgeois, est encadré, côté cour, jardin et fond de scène, par une géométrie semi-rectangulaire où l'alignement de bureaux et lampes est prétexte à la polyphonie. Même cacophonie l'année dernière chez Le Raoul collectif dans Rumeurs et petits jours. À croire que le débat démocratique n'advient que sous le halo métallique. Pardonne ma perfidie, mais j'ai tiqué aussi sur le crucifix. Accessoire fétiche des Chiens de Navarre, pour mémoire. Bref, le collectif OS'O n'a pas transcendé la déco.

MANZI: Des tapis persans jonchent le sol et marquent l'espace scénique traditionnel, à savoir le salon du château familial où des héritiers vont s'écharper au pied d'un imposant trophée de cerf. Le bord de scène est composé de sept pupitres qui vont mettre en lumière les avis controversés de nos sept débatteurs entre échanges musclés d'hémicycle et invectives de talk-show hystérique. N'oublions pas Ben, le technicien présent au plateau et intelligemment intégré aux interactions de ce collectif dingo.

PASSE L'HISTOIRE À LA PASSOIRE

ZERBINETTE: Il était une fois une famille bourgeoise enclavée dans les clichés du genre : père tyrannique et adultère, enfants sclérosés par une éducation mâtinée d'érudition, humiliations et actes de contrition. Le père n'est plus mais l'héritage demeure. La curée advient. Voilà pour le cadre principal. À l'intérieur duquel la grande histoire de Shakespeare, tente de faire entendre sa voix, puisqu'il y est question de régler ses comptes. Titus Andronicus et Timon D'Athènes, deux pièces idolâtrées par le pater familias sont un prétexte littéraire pour aborder la question de la dette, matérielle ou morale. Sortant de leur rôle tragi-comique, les comédiens rejoignent périodiquement un troisième espace, celui du débat démocratique sous les fameuses lampes métalliques pour savoir s'il faut ou pas rembourser ses dettes à qui de droit.

MANZI: Vlà le bordel ! Comment cette joyeuse bande a t-elle pu se persuader qu'il était envisageable de monter une pièce en brassant deux pièces de Shakespeare (Titus Andronicus et Timon d'Athènes), une histoire de famille bourgeoise qui vole en éclats suite à un héritage et un ouvrage sur l'histoire de la dette (Dette 5000 ans d'histoire de David Graeber) ? Ne comptez pas sur moi pour tenter de vous expliquer comment tout cela s'imbrique mais c'est sacrément chaotique et limpide à la fois. Les acteurs soutiennent la gageure sans jamais tomber dans un approfondissement trop plombant et piochent dans ces trois registres pour proposer un divertissement séditieux et populaire.

SCÉNOGRAPHIE AU BISTOURI

ZERBINETTE: Au commencement, l'aller-retour est amusant. Entre Shakespeare et la comédie de boulevard, le saut est hardi mais on rit. Idem pour la rupture des conventions théâtrales. Lorsque les comédiens sortent de l'espace scénique pour commenter leur propre jeu, encore barbouillés d'hémoglobine, on prend quelques shoots d'endorphine. Mais à force de tirer toujours les mêmes ficelles, le procédé lasse, et tarit l'étincelle.

MANZI: Ça ressemble à du Tarantino. Le public s'installe alors que sept corps sanguinolents gisent déjà sur le plateau. Cette pièce commence donc par la fin et décortique à rebours ce tragique dénouement sur fonds de partage de testament. Sauf que cette intrigue familiale est entrecoupée d'apartés politico-philosophiques qui questionnent le sentiment de culpabilité lié à la dette (morale ou financière) aboutissant à une proposition pas si déraisonnable d'effacement du découvert international. Finalement, les crapuleries de ces petits héritiers – aux contours shakespeariens – se confondent avec les exactions des grands financiers.

CE QUI T'A MARQUÉ SANS T'ÉTALER

ZERBINETTE: Pour être honnête, le rythme. Belle virtuosité dans le jeu des comédiens très à l'aise dans ces mélanges de genre hardcore. Voilà des acteurs polymorphes qui passent de Feydeau à Shakespeare, ou de l'Agora au trépas sans jamais perdre le la.

MANZI: La qualité du jeu d'acteurs forcément ! Ça faisait un moment que je n'avais pas ri devant un vrai comique d'interprétation. Certes, il y a du texte et des saillies qui font mouche mais c'est la folie parfaitement maîtrisée qui m'a estomaquée. Avec sept acteurs au plateau, on a forcément un chouchou mais la multiplicité des situations frénétiques donne la part belle à chacun et on se réjouit devant la prestation de TOUS les comédiens.

T'AS AIMÉ OU PAS? SOIS FRANC OU TAIS-TOI

ZERBINETTE: Oui j'ai trouvé truculentes ces scènes de la vie de province, et leurs diverses déclinaisons. Ces imbroglios à gogo avaient du peps, chapeau. Mais l'histoire de la dette en arrière plan, portée par le faux débat démocratique était un peu téléphonée. Et j'ai fini par décrocher. Reste à savoir si l'interprétation des œuvres de Timon et Titus proposée par le collectif OS'O n'est pas un peu dénaturée. De plus savants que moi s'en sont offusqués. Fallait-il mettre Shakespeare sur le boulevard, pour causer d'avoirs et de bien compensatoires? J'en doute encore, sur ce, bonsoir.

MANZI: La première demi-heure impressionnante de verve et de vivacité m'a certes abasourdi mais pas complètement conquis. Heureusement, le canevas familial a recentré les débats de façon plus classique, entre vaudeville et théâtre expérimental. Les ruptures de narrations brillantes, la trame sans cesse chamboulée déconcertante, l'intensité du jeu, la puissance et la clarté du verbe, la subversion du propos et l'inventivité scénographique font de cette pièce un grand moment de théâtre. Et surtout je suis encore plus impatient de revoir cette bande dynamiter les codes du spectacle jeune public dans leur pièce MON PROF EST UN TROLL mercredi à La Fabrik.

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