Raoul Collectif 1

À chaque début de saison, devant la foison de programmations, le spectateur dilettante risque l'indigestion face à ce bourbier de propositions. Auréolé du titre officiel de « relou ayant assisté au plus grand nombre de spectacles sur le Caillou en 2017 », je me permets de jeter un œil dans le rétro pour vous sélectionner mes trois plus beaux instants et vous recommander quelques trucs alléchants pour le premier semestre.

 

Certains proches voient dans mon insatiabilité culturelle une fuite pathologique ou une curiosité boulimique masochiste. Ce qui est certain c'est que, plus les années passent, plus je me sens riche d'émotions et moins je me sens con. Gavé de rencontres aussi superficielles que spirituelles, je vais me contenter de sélectionner trois temps forts même si l'exercice n'a pas grand intérêt pour ceux qui auront loupé ces propositions et qui nourriront juste de la frustration.

Tiens ! Frustration, voilà le concert qu'il ne fallait pas louper l'année dernière dans le cadre du festival Rock à la Buse à la Cité des Arts. Des auteurs de bédé plein la salle, des nouvelles têtes appâtées par les Dizzy Brains, des hectolitres de bière écoulées et une démonstration de rock, à la croisée du punk et de la cold wave. Clairement, ces vieux rockeurs ne font pas dans la resucée mais redorent le blason de la maison. Foncez sur leur label Born Bad Records car y'a rien à jeter et délectez-vous des textes de présentation écrits avec autant d'érudition que de dérision. Je ne peux m'empêcher de vous recopier celui de Pierre Jouan qui incarne à la perfection l'esprit de la soirée : « Et l'histoire du rock peut bien aller se gratter, car nos nerfs amollis veulent se tendre encore une fois, et nos voix se perdre, et nous voulons bien refaire une centaine de stage-dive foireux si c'est pour revoir Frustration mettre une salle en transe (comme au Palaxa). C'est pour cela, uniquement pour cela, que nous acceptons de nous abandonner à la musique, cette chose intrusive qui ne nous demande jamais notre avis. Le reste, c'est le bruit des discussions vaniteuses, qui surcharge le fil d'actualité de nos âmes. De la merde, quoi. » Le week-end du 16-17 mars 2018 aura lieu la nouvelle édition du Rock à la Buse et vous serez bien gentils de ne pas louper Le Prince Harry, un groupe belge qui propose un savoureux mélange de post-punk, synthpunk et coldwave.

Si un jour, je dois me sevrer de culture, va falloir que les Théâtres Départementaux arrêtent de programmer la Compagnie Les Chiens de Navarre car leurs performances hilarantes sont presque thérapeutiques. Je dois mes plus belles crampes maxillaires au spectacle Les Armoires Normandes joué en avril 2017, à Champ Fleuri. A posteriori, je mesure encore plus la catharsis de cette dissection du couple et je suis convaincu que les fous rires nerveux provoqués par ces pulsions refoulées montrent toute mon impuissance face aux détresses affectives. Si vous êtes fan de délires dadaïstes et de performances d'acteurs, soyez comblés car Les Chiens de Navarre reviennent le 13 et 14 avril 2018 avec leur nouvelle création déjantée Jusque dans vos bras qui se propose de désosser l'identité française.

Toujours dans le rayon humour, cette valeur refuge qui me permet de me protéger des agressions du monde extérieur et surtout intérieur, je me dois également de féliciter le Grand Marché pour avoir programmé en mai et en juin deux monuments de théâtre absurde : Ubu revisité par Olivier Martin-Salvan restera gravé dans mon cortex grâce à ce dictateur féru de GRS, encore plus violent et régressif que l'original. Toujours aussi dingues et brillants, les acteurs du Raoul Collectif sont revenus dans une atmosphère enfumée des années 70 pour nous émerveiller avec Rumeur et petits jours, une émission radio utopique qui vivait son dernier direct mais qu'on espère réapparaître sous des formes encore plus délirantes. Cette année, pour la déconne au Grand Marché, vous êtes priés de repasser car la riche programmation s'est clairement orientée vers des propositions plus engagées que déjantées.

En guise de conclusion, vous allez me dire que j'ai été un peu long et que je passe pour un vieux con à ressasser mon année de spectateur déterminé. Ma modeste ambition était de vous montrer comment on peut prendre son pied dans ce bourbier et comment cette nouvelle saison s'annonce riche en émotions.

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