Vendredi 31 août  – Théâtre Vladimir Canter

MUSIQUES / TAPKAL + GRÈN SEMÉ + SAUVAGE SOUND SYSTEM

Allez avoue, vieille fripouille, ça fait combien de temps que t'es pas retournée sur la campus universitaire pour aller faire la chouille? En voilà une belle soirée de lancement de saison d'une salle souvent peu connue du grand public. Le visuel est “catchy” comme disent les faux djeuns, l'enchaînement des deux formations locales est plus que cohérent et, pour une fois, les Dionysiens n'auront pas à bouger dans l'Ouest pour se trémousser sur les rythmes des incontournables Sauvage Sound Sysytem. Comme la fête se termine vers 22h, je vous propose de vous finir au First – oui oui vous avez bien lu – avec ce nouveau rendez-vous déjà incontournable du clubbing de la capitale: la soirée “Les Schnocks se croient chez eux“. De la musique pour ieuvs immatures, de l'humour venu d'ailleurs si je me base sur le flyer (50 personnes max... ou plus!) mais surtout un vrai disc jockey qui mixera de délicieuses galettes ou les disques vinyles que vous lui apporterez.

Samedi 1er septembre – Le Kerveguen

MUSIQUES / LEJ + PIX'L + KARL HUNGUS

Pour fêter sa première année d'existence, une soirée anniversaire 100% gratos est organisée au Kerveguen : l'initiative est plutôt sympa et il devrait y avoir une faune bigarrée pour ce plateau d'invités à la sauce sakifienne. Si vous ne connaissez pas encore ce lieu, foncez-y car c'est un outil magnifique et Karl Hungus va clairement faire vibrer le parvis de la mairie en fin de soirée. Je n'ai absolument rien contre Pix'l qui, comme son nom le revendique, est une petite poussière sur l'échiquier du reggae international mais continue de conquérir un public local pas forcément porté par le zamal. Désolé mais le clip avec le survol en drône de l'église de Cilaos n'atteint pas mon âme d'impur babos et les multiples références religieuses (Un ange, Prie pour moi, Mon étoile, Un nouveau départ) sont les gouttes d'eau qui font dégueuler mon bénitier de fervent athée. Concernant LEJ, le bashing a été violent pour ces trois petites meufs depuis l'été 2015 où elles ont envahi nos écrans avec leurs covers pleines de bonne humeur et leurs dégaines sources de calembredaines. Le hic, c'est que des producteurs ont surfé sur le buzz et un album de compos a été commis en juin : j'ai essayé de m'y plonger mais j'ai failli me noyer dans ce gloubi boulghour sonore. La technique vocale est évidente mais l'orchestration brouillonne et roborative n'approche jamais le soupçon d'originalité de leurs reprises. Peut-être que cet objet sonore trop identifié prendra son envol en live...

Jeudi 6 septembre – Téat Champ Fleuri

DANSE / COMPANIA SHARON FRIDMAN

C'est encore l'hiver, eh bien dansons maintenant ! Qui mieux qu'une troupe espagnole pour nous faire virevolter et réchauffer nos corps? Après leur passage à Total Danse en 2017, cette compagnie revient avec deux pièces qui proposent des mouvements fougueux et rythmés. C'est du très bel ouvrage qui rencontre un vif succès. Si je reconnais que leur précédente création m'avait emballé par la débauche physique et la beauté plastique de quelques tableaux, je n'ai pas chaviré non plus vers des abysses d'émotion. Pas sûr que ces deux pièces prônant une “quête d'harmonie” me transcendent mais rien que pour la performance technique proche de l'engagement circassien, je pense que je vais laisser mon cerveau gauche au pied de ce  filaos de la Raison et m'engager sur cette slackline du Vivre Ensemble utopique.

Vendredi 7 septembre – Le K

MUSIQUE / ANN O'ARO

Après le Kerveguen, au tour du K de lancer sa saison avec une chanteuse beaucoup moins légère que les éoliennes de LEJ. Autant vous dire que « Elijay » et ses millions de vues sur les Internets c'est des pâquerettes pour notre future vedette : Ann O'Aro est une jeune femme totalement à l'opposé de ce ramdam car elle utilise la musique pour explorer et soigner ses états d'âme. Elle n'est pas là pour « kiffer la life » et « donner le smile aux gens » mais pour chasser ses démons et dénoncer ce qui ne tourne pas rond, notamment à La Réunion. Le genre de musique et de propos qu'on n'écoute pas en pliant ses chaussettes mais qui nettoie l'intérieur de la tête. Son producteur n'est autre que Philippe Conrath, le camarade de route d'un certain Danyèl Waro et plus récemment de Zanmari Baré, bref le genre d'homme qui connaît un peu la chanson. Si vous n'êtes pas d'humeur vindicative en cette rentrée, venez quand même toper le programme de l'année. Je vous rappelle que le K reste un des lieux les plus sympas pour se cultiver mais également festoyer (en évitant les tournées de la patronne et sa nouvelle cuvée de rosé).

Jeudi 13 septembre – Théâtre du Grand Marché

HUMOUR / Monsieur Fraize

Monsieur Fraize la ramène grave ces derniers temps: adoubé par Éric Judor qui l'a fait tourner dans son film “Problemos” (échec commercial mais plutôt très drôle) et qui l'a conseillé à Quentin Dupieux pour jouer aux côtés de Benoît Poelvoorde dans “Au poste“, Marc Fraize sera également à l'Européen (Paris) pour deux mois de représentations. C'est donc une sacrée opportunité que nous offre le Grand Marché et bravo au tourneur (fraizeur) d'avoir choisi La Réunion comme destination. Honnêtement, je n'arrive pas encore à savoir si le spectacle de Monsieur Fraize est aussi savoureux qu'une mara des bois ou s'il va me laisser de bois. “La parole est d'argent, le silence est d'or” pourrait être la locution qui résume le travail de Marc Fraize. Si je suis plutôt très gourmand en ce qui concerne l'humour absurde, je n'arrive pas encore à être totalement emballé par ses performances vues à la télé ou via ses tutoriels. Le cadre scénique lui convient sûrement mieux et je reste assez optimiste quant à sa capacité à me faire rire avec ses gestuelles que j'espère plus proches d'un Jim Carrey sous Tranxène que les pantalonnades d'un Tex aphone.

À voir également le vendredi 14 septembre au Théâtre du Grand Marché, le vendredi 7 septembre à la salle Lucet Langenier (Saint-Pierre) et le samedi 8 septembre à Léspas Culturel Leconte de Lisle (Saint-Paul)

Vendredi 14 septembre – Théâtre Les Bambous

THÉÂTRE MUSIC-HALL / L'HOMME AUX PETITES PIERRES ENCERCLÉ PAR LES GROS CANONS

On ne peut pas dire qu'on croule sous les propositions théâtrales en cette reprise de saison alors laissons-nous tenter par cette pièce d'André Benedetto, le créateur du OFF d'Avignon et directeur du théâtre des Carmes de 1963 jusqu'à sa mort en 2009. Cette pièce a été écrite en 2002 et jouée par lui-même en 2003 ; c'est son fils Sébastien qui a proposé à une jeune troupe de quatre acteurs, Le Bleu d'Armand, de s'approprier ce texte axé sur un peuple opprimé pour que les mots de son père continuent de lutter contre ces sempiternels maux. Écouter du music-hall sur fond de conflit israélo-palestinien : walou ou bézef ?

Vendredi 14 septembre – Cité des Arts

DANSE / SOIRÉE SOUL CITY

Alors, théâtre engagé aux Bambous ou danse engagée à la Cité des Arts ? Si vous ne connaissez pas encore le travail de Didier Boutiana, c'est l'occasion idéale de vous confronter à deux pièces de ce chorégraphe qui porte la danse réunionnaise vers une modernité visuelle et une âpreté émotionnelle dont la filiation avec le travail innovant de Sergio Grondin dans l'art de la parole est évident. Cette soirée vous permettra d'apprécier une forme qui a beaucoup tourné en extérieur, TIR PA KART', pour ensuite découvrir dans la belle scène du Fanal sa dernière création KANYAR. Ce solo vaut le détour pour de multiples raisons: la musique composée par Labelle, la voix de Maya Kamaty, le texte râpeux de Francky Lauret et la mise en lumière de Stéphane Rouaud incarnent à merveille l'enfermement dans lequel le marginalisé est piégé. Si l'ensemble est oppressant – je pense notamment à ce tableau intensément physique où l'artiste, pendu par les pieds, multiplie les torsions et les exhalations avec une intense émotion –  on ne suffoque jamais grâce à la finesse des mouvements des bras et des mains et la sensibilité des déplacements. Si jusqu'ici tout ne va pas bien, l'important ce n'est ni la chute, ni l'atterrissage mais de ressentir l'altruisme de ce terrible naufrage.

Samedi 15 septembre – Kabardock

MUSIQUE / GENTLEMAN'S DUB CLUB

J'irai voir ce groupe pour quatre raisons :

  1. Neuf anglais sur scène c'est pas tous les jours qu'on peut voir ça et j'ai hâte d'entendre du reggae chanté avec un vrai accent sans fausse intonation roots de Saint-Leu
  2. Les gars ont la classe dans leur costards mais n'hésitent pas à mouiller le maillot quand leur set se met sur le tempo ska ou dérape vers le dubstep
  3. Le Rocksteady Sporting Club (excellente formation réunionnaise proche de ce mouvement musical) et ses aficionados seront forcément dans la fosse donc l'affluence et l'ambiance seront assurées
  4. Les gars sont adoubés par les meilleurs programmateurs underground de la BBC et les featuring sur leurs albums sont savoureux: Roots Manuva, The Streets, The Wailers, U-Roy et Finlay Quaye

Jeudi 20 septembre – Théâtre Vladimir Canter

THÉÂTRE / UBU ROI ET MOI ET MOI ET MOI

Je sais je me répète mais Ubu Roi et moi et moi et moi correspond exactement aux formules théâtrales que j'affectionne, c'est-à-dire une forme sans prétention, divinement bien interprétée, sans gros budget, bourrée de bidouillages scénographiques faits de bric et de broc, inscrite dans un répertoire classique mais accessible à tous car transcendée par une langue créole impertinente. Jean-Laurent Faubourg est parfait dans le rôle de Monsieur Loyal et dans celui du Capitaine Bordure, militaire à la gestuelle hilarante. Il est à noter que les trois acteurs interprètent une vingtaine de rôles, ce qui provoque des enchaînements de fortune, des ratés loufoques qui nous trimballent autant sur la scène que dans les coulisses. David Erudel, le roi Ubu, est fascinant de justesse pour incarner le balourd crasse; le couple qu'il forme avec Virginie Bernard personnifie à merveille ces gueux aussi perfides qu'attendrissants.

Vendredi 21 et samedi 22 septembre – Téat Plein Air

HUMOUR / MANU PAYET

Mais il n'était pas déjà venu en avril notre héros national ? Bin si mais les dates ont été prises d'assaut et bon nombre de fans n'ont pu assister à cet hilarant one-man show. C'est pour tous ces frustrés que Manu revient au pays alors, cette fois-ci tâchez de ne pas le louper. Je suis d'autant plus injonctif que j'ai eu la chance de le voir en avril et que j'ai été complètement conquis. D'une part, Manu a réécrit une bonne partie de son spectacle pour l'adapter à l'audience avertie dosant savamment les passages en créole et en français. Jamais cabotin, il retranscrit à merveille la nostalgie de son île et ses madeleines de Proust parlent autant à une génération de kréopolitains qu'à tout natif d'un territoire ayant connu l'exil. Manu Payet ne multiplie pas les punchlines mais fait partie des plus grands pour nous replonger dans des ambiances, des situations de la vie quotidienne qu'il incarne avec dérision mais honnêteté.

21,22 et 23 septembre – Manapany

MUSIQUES / FESTIVAL

Toi aussi en matant l'affiche, t'as cru que le Manapany Festival avait cassé sa tirelire pour faire venir la bande de Damon Albarn ? J'ai le sincère regret de t'annoncer qu'il faudra te contenter de Maronaz à défaut de Gorillaz. Et une vanne kamikaze pour s'attirer les foudres des artistes péi et leur entouraz ! Sincèrement, la programmation locale est aussi cool que ce mythique lieu de festivités mais permets-moi de ne pas commenter la tête d'affiche qui m'exaspérait déjà dans les années 90. Rien que d'imaginer qu'une foule en délire va entonner ce refrain en 2018 me donne envie de picoler :

Un pétard ou un Ricard, si t'as vraiment le cafard

A choisir y a pas photo, moi je choisis le maroco

Les alcools ont leurs soulards, le cana c'est le panard

Y'en a qui le mystifient, moi je fais son apologie

Mardi 25 septembre – Théâtre sous les Arbres

THÉÂTRE / MASKARAD / KONPANI IBAO

Dans le parcours harassant du spectateur semi-professionnel de Bongou, il y a des couacs et je reconnais honteusement avoir loupé toutes les représentations de la précédente pièce de la Konpani Ibao, Victoire Magloire, gros succès local et hexagonal.  Heureusement, une séance de rattrapage est prévue en novembre. Du coup, pour ne pas reproduire cet outrage, je vais me ruer pour leur nouvelle création, Maskarad. À l'heure où je vous écris, je ne sais rien de cette pièce mais rassurez-vous: une émissaire blonde de la rédaction a été missionnée. Annoncée comme une télénovelas aux accents de tragédie shakespearienne lorgnant vers le talk-show péi, cette farce me fait salement saliver.

Jeudi 27 septembre – Le Zinzin

HIP HOP / LES FRÈRES PARISH

2 MC + 1 beatmaker/MC + des gimmicks hip hop old school: forcément on pense aux Beastie Boys mais soyons francs, on est plus dans le pastiche que la copie sérieuse et c'est tant mieux. S'il faut recourir au “lâcher de noms”, je serai tenté de dire que ces trois frangins lorgnent plus vers Java, Stupeflip ou Soup Sound System. Cette dernière référence qui ne parle à personne si ce n'est à ma mémoire de quadra  – et encore j'ai mis deux jours à me rappeler le nom de ces deux gus – me paraît plus pertinente tant ces trois compères semblent proposer une prestation à la frontière entre rap et tchatche foraine. Du reste, je n'ai pas été étonné de découvrir qu'ils ont tourné avec un concert-spectacle qui s'appelait Le Camping Car Show plus proche d'un délire de théâtre de rue que d'un vrai concert. Autant dire que le cadre amical du Zinzin siéra à leur fiesta. Si vous n'êtes pas convaincus, je vais faire mon Jean-Manzi Bigard et poursuivre mon lâcher de noms en vous disant qu'ils ont partagé la scène avec Maniacx, Beat Torrent, Zenzile, Hiligh Tribe ...

Samedi 29 septembre – Téat Champ Fleuri

DANSE & HUMOUR / WE LOVE ARABS

Vous avez bien lu : j'ai rangé ce spectacle dans la rubrique Danse & Humour, aussi improbable qu'une catégorie Crise requin & Second degré. Pourtant, cette pièce dansée cartonne dans le monde entier en déboussolant les spectateurs par des allers retours incessants entre ballets au premier degré, farce ironique sur la situation israélo-palestinienne et persiflage sur l'emphase du milieu artistique quand il aborde des sujets politiques ardus. Si vous aimez l'ironie autant que Bongou maudit le jargon pompeux des dossiers de presse, précipitez-vous à cette fausse répétition de chorégraphie engagée. Pour vous faire une idée de l'esprit corrosif de cette proposition, imaginez le making of d'une pièce péi qui voudrait lutter contre le racisme anti mahorais – appelons-la « Komor mi ador » featuring Jacqueline Farreyrol aux lyrics, deux anciennes Miss Réunion ondulant sur un pole dance dans des arabesques lascives mais bienveillantes, un kontèr dézinguant l'édifice à coups de poncifs de commentaire sportif et le tout serait hilarant. Bon je reconnais que j'en demande un peu beaucoup à votre imagination alors le mieux c'est peut-être d'y aller et d'essayer de se marrer.

À voir également le jeudi 27 septembre au Séchoir et le vendredi 28 septembre aux Bambous.

Du 28 au 30 septembre – Cité des Arts

CIRQUE / CIRCONVERGENCE

Si le cirque réunionnais était coté en bourse, je placerais tout mon pognon dans cette discipline, tant je suis certain que le prochain spectacle qui s'exportera par delà les océans sera issu de ce nouveau cirque polymorphe et métissé, insufflé notamment lors de ces temps forts. Ce rassemblement de troubadours pas si balourds a un nom : on appelle cela une convention, comme Bric à Balle, cette convention de jonglerie qui a lieu chaque année au Tévelave. À la différence que cette convention n'est pas payante et fermée (c'est-à-dire réservée aux professionnels) puisque le public peut y assister dans le cadre d'ateliers (attention les places sont limitées) et les pratiquants de toute discipline pourront animer des workshops dans le but d'échanger et d'enrichir leurs pratiques. Circonvergences, c'est aussi l'occasion de découvrir un sacré vivier d'artistes amateurs ou confirmés qui ne demandent qu'à partager leur expérience et exhiber leurs abdos sans érubescence. Personnellement, je suis très curieux de découvrir le travail de la nouvelle compagnie Très-d'Union,  rencontre insolite entre une danseuse et un acrobate du crew New Gravity.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.