• 1ier février 2018
Dada Masilo's 'Swan Lake' As Previewed At The Dance Factory In Newtown, Johannesburg.

Photograph : John Hogg.

Vendredi 8 février – Cité des Arts

DANSE / CHRONIQUE D'UNE CONVERSATION SENSIBLE / CIE 3.0

Primo, retourner à la Cité des Arts pour voir des spectacles constitue déjà un quasi-événement. Deuxio, j'avais fortement apprécié Des#Routes, la précédente création de la Cie 3.0, sorte de trip sensoriel où l'image numérique prolonge les chorégraphies de la danseuse Édith Château avec les subtiles nappes électroniques distillées par le producteur électro, Kwalud. Après avoir vécu cette exploration, je m'étais dit : « ça fait plaisir de savoir qu'à la Réunion, y'a des artistes exigeants capables de proposer ce genre de prouesses oniriques et technologiques ». Je sais, c'est bizarre de se parler à soi-même mais mes amis ne m'adressent plus la parole et, à l'époque, je n'avais pas de support écrit pour me répandre. Tout ça pour dire que je suis impatient de repartir en voyage avec cette bande.

Vendredi 16 février 2018 à Teat Champ Fleuri

DANSE / DADA MASILO / SWAN LAKE

Dada Masilo's ‘Swan Lake' as previewed at the Dance Factory in Newtown, Johannesburg.
Photograph : John Hogg.

Je reconnais faire une confiance aveugle aux programmateurs des TDR dans le choix de cette version extravagante du Lac des Cygnes vu la qualité de ce qui a été proposé dans le cadre de leur Total Danse en novembre : Kiss&Cry était attendu et il n'a pas déçu ; autant d'ingéniosité au service de la beauté me conduit à placer cette proposition de nano danse dans mon panthéon des plus marquantes représentations, juste derrière Vortex de Phia Ménard, proposé à la Réunion en 2013. Ensuite, la précision habitée des gestuelles de Lisbeth Gruwez m'a hanté plusieurs journées, ou comment constater qu'on peut aimer se faire envoûter par une matrone déjantée. Enfin, la performance XXL d'Albert Khoza, mi-Gargantua mi-castra, orchestrée par Robyn Orlin, est le genre de prouesse qui divise, dont on ne sort pas indemne mais qui enrichit le parcours sinueux d'un spectateur curieux. C'est évidemment tout le mal que je me souhaite avec Swan Lake, ce monument du romantisme revisité par une autre chorégraphe sud-africaine Dada Masilo pour dénoncer l'homophobie, le mariage forcé, le sida dans le continent africain. Si vous n'êtes pas convaincu, voilà ce qu'en pense Pierre-Kylian, mon neveu aussi cultureux que boutonneux : « C'est chanmé le zbeul ! Pas de danseuses babtou à tutu mais des keubla à plumes ou à oilp', Siegfried le chbeb va tèj Odette pour pécho le prince renoi, ça ambiance sur fond de Tchaïkovski pimpé à coups de percus africaines, de Saint-Saëns ou de Steve Reich pour un faya plein pot golri. ».

Vendredi 16 février – Salle Georges Brassens (Avirons)

CONCERT DESSINÉ / WONDERBRASSBAND & SAMY PAGEAUX-WARO

Un concert aux Avirons c'est tellement rare que ça va forcément rameuter les hordes de spectateurs sudistes, non ? Bon ok, c'est pour aller écouter une fanfare – les puristes parleront de brass band car l'orchestre est uniquement composé de cuivres et de percussions – et je suis le premier à me méfier de ces regroupements bruyants qui monopolisent souvent l'espace sonore des festivals de théâtre de rue. Ce préjugé était en partie partagé par Samy Pageaux-Waro himself qui comparait la fanfare à «une masse pachydermique à la mobilité pénible et au barrissement presque flatulent ». Évidemment, ce musicien hors-pair a changé sa kora d'épaule en intégrant ce brass band de quinze musiciens très perfectionnistes. Cette formation est capable de jouer des rythmes endiablés qui lorgnent du côté du séga, du jazz et même du klezmer – musique instrumentale de fêtes pratiquées dans les communautés juives d'Europe de l'Est – et des ritournelles plus aériennes qui vous réconcilient avec les fanfares sans fard et sans soiffard. Pour le bonheur des mirettes, les dessins en live seront assurés par Hippolyte, le gribouilleur de génie dont les esquisses sont aussi salvatrices qu'un jet d'hyposulfite.

Samedi 17 février / Séchoir

DANSE / HEAD RUSH / CIE MORPHOSE

J'ai vu ce spectacle l'année dernière à la Cité des Arts dans ses premières représentations et c'était déjà très prometteur. Je dois vous avouer que, depuis le visionnage de Plan B d'Aurélien Bory, je suis devenu fan des spectacles sur plans inclinés car ils nécessitent une force de tous les instants pour donner cette illusion de suspension. Ce duo de danseurs sudaf propose une chorégraphie sombre et soignée où les émotions oscillent entre angoisse et sensibilité.

J'ai également hâte de découvrir le film que Romain Philippon a réalisé sur la construction de cette performance, lui qui sait si bien sublimer l'univers des artistes, je pense notamment aux films réalisés pour Gren Semé ou la Cie Cirquons Flex.

Mardi 20 février – Stella Matutina

CINÉMA / LE MAFATAIS / OLIVIER CARRETTE

Une avant-première gratuite d'un film tourné à la Réunion, ça ne se rate pas! En plus, l'affiche – hommage à l'année du Chien ou aux punks à chiens? – est sublime.

Vendredi 23 février / Séchoir

THÉÂTRE / FRANCE PROFONDE / CIE LA GROSSE SITUATION

Je vais aller voir cette compagnie de meufs pour une mauvaise raison et plein de bonnes raisons. La mauvaise raison c'est que je n'avais pas été emballé par leur spectacle Voyage Extra-Ordinaire que j'avais vu à Chalon dans la rue et qui m'avait été pourtant recommandé par bon nombre de potes souvent assez inspirés. C'est aussi ça la réalité du badaud, admettre qu'il y a des temps où l'on est moins disposé à recevoir un propos. Ce qui est certain c'est que le thème social de cette nouvelle création est très prometteur, surtout si comme moi, vous avez maté ce terrible documentaire « Fils de la terre ». Je suis curieux de voir comment une résidence avec les agriculteurs des Hauts de la Réunion peut produire un objet théâtral non identifié, surtout quand je vois qu'un certain Sébastien Barrier a posé son œil aviné avisé sur le projet.

Samedi 24 février / Saint-Philippe

MÊME PAS PEUR / FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM FANTASTIQUE DE LA REUNION

Vu la polémique ridicule autour de son affiche, Bongou revendique fièrement son soutien à ce festival et à son organisatrice, Aurélia Mengin. Pour avoir fait la route trois années jusqu'à ce lieu reculé de notre île – le trajet de nuit est aussi « fantastique» que sa programmation – je vais à nouveau me déplacer dans le Sud Sauvage pour comptabiliser la part de haineux qui va se bouger le bulbe pour prolonger leurs bêlements rancuneux de facebooketins. #blackface#quedelagueule

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