00 Mafatais

Synopsis du film : le personnage principal fuit le cirque de Mafate pour un meurtre qu'il n'aurait pas commis et qui serait plutôt la résultante de la consanguinité locale. Le sauvageon doit survivre dans les Bas et s'engouffre dans tous les vices de Babylone (vol, alcool, prostitution et meurtre), incarnée par notre bonne vieille ville du Port. Vous la sentez venir la polémique ?

Soutenu par l'Agence Film Réunion, « Le Mafatais » était projeté en avant-première hier soir à Stella Matutina et il a très vite suscité de vives réactions. Après des applaudissements mesurés, une spectatrice a pris la parole, s'excusant au préalable d'être zorey (sic), pour critiquer l'image négative de la Réunion et surtout des Mafatais véhiculée par ce moyen-métrage. Alors film moyen mais trash ? Que vont penser les ayatollahs de la créolité ? Et les censeurs fous qui voient du blackface partout ?

Ne comptez pas sur moi pour enflammer la polémique, j'ai autre chose à foutre que devenir une pute à cliques mais il me semble toujours pertinent d'apporter son point de vue critique. Pour être clair, je n'ai pas adoré ce film donc je ne me sens pas d'incarner le Bongou esthétique face aux hordes d'inquisiteurs frénétiques. Sur le fond, je ne trouve pas judicieux d'avoir intitulé ce film « Le Mafatais » qui va forcément être assimilé à des généralités sur les habitants de ces communes isolées. En même temps, est-ce qu'on a reproché à Coppola de jeter le discrédit à toute une communauté quand il a réalisé « Le Parrain » ? Idem pour « Le Chinois », « Le Sicilien »,...
Le réalisateur Olivier Carrette aurait pu s'inspirer du film « Un français » qui retrace le parcours d'un salaud d'extrême-droite, dont le titre tout aussi provocateur recentre finalement le propos sur un individu.
En revanche, je trouve ça sain que l'Agence du Film Réunionnais soutienne ce genre de projet artistique assez clivant, sans considération trop mercantile ou promotionnelle. Un film ne doit pas être un support pour vendre une vision angélique de notre île. Si vous voulez des jolis plans des pitons et des cirques capturés par des drones, allez sur les pages de Réunion Tourisme ou touchez-vous sur les survols de Serge Gélabert. Reste à savoir si quelqu'un sera assez couillu pour aller projeter ce film à Mafate...


Sur la forme, j'ai aimé ce parti pris sensoriel avec un beau travail sur le son même si j'ai trouvé que l'ensemble ressemblait à un long clip bien léché, finalement plus urbain que naturaliste. Les scènes de drague, pas forcément les mieux interprétées, sont clairement dispensables. Un format court, c'est-à-dire de moins de 40 minutes, aurait servi le propos en collant à l'esprit de la nouvelle d'Edgar Poe dont Olivier Carrette semble s'être inspiré. Du reste, l'affiche du film, celle avec le iench ci-dessus, est beaucoup plus graphique et en phase avec l'esprit du film que celle avec le profil du héros découpé façon « La dernière tentation du Hère des Hauts».
Ce périple initiatique, dont on imagine la fin tragique, est accompagné dans un registre fantastique par cette apparition canine moitié hyène moitié-loup qui sert peut-être à rappeler au spectateur que l'homme est un loup pour l'homme.

Si vous n'avez pas envie de vous embrouiller sur le sujet, vous n'avez qu'à faire comme mon pote en balançant ce mème :

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