Dada Masilo's 'Swan Lake' As Previewed At The Dance Factory In Newtown, Johannesburg.

Photograph : John Hogg.

Oublie le pas de quatre et les 32 fouettés du cygne noir. Torses nus, seins à l'air, houppettes virginales sur crânes rasés et tutus ajustés sur de charnus fessiers, les cygnes de Dada Masilo jettent un pavé dans la mare des conventions dansées. Quand pareil monument du répertoire romantique est dynamité, on peut trembler. J'en ai pleuré.

On se demande bien quels codes du ballet classique Dada Masilo n'a pas transgressés hier soir.

Epinglons d'emblée ses plus criants affronts,  histoire de lui crêper le chignon. 1. Ses danseurs sont noirs. Ou blancs. 2. Ils portent un tutu. 3. Odile est un homme. Qui fait des pointes. 5. Les danseuses sont pieds nus. Ou seins à l'air. 6. La troupe parle, chante, et crie. 7. Le public rit.

Bref, un scandale.

Revenons donc à l'académisme de rigueur pour pareil sujet et rappelons qu'un corps de ballet, a fortiori celui du lac des cygnes, est régi par des lois strictes. Au pays des sylphides, la mode est à l'unité. Celle des corps d'abord, par obligation longilignes et caucasiens. Celle des mouvements ensuite, par obligation synchrones. Ajoutons à cela la nécessité de suivre un schéma narratif gravé dans la pierre du livret. Comme suit.

Il était une fois le prince Siegfried, que sa mère oblige au mariage. Bal et multiples dulcinées. Le voilà frustré. À la chasse, il s'éprend d'Odette, transformée en cygne blanc par un sortilège. Il croit la retrouver au bal nocturne, mais la confond avec Odile. Du cygne noir, fille du maléfique magicien au cygne blanc, méprise, drame et décès.

La morale tombe, sans volupté :  les mariages arrangés sont préférables aux émois spontanés.

Dada Masilo's ‘Swan Lake' as previewed at the Dance Factory in Newtown, Johannesburg.
Photograph : John Hogg.

Si Masilo a conservé les grandes lignes de ce triangle amoureux, elle en a pourtant changé un élément essentiel. En donnant le rôle titre d'Odile à un danseur, elle trempe le héros dans le bourbier de  l'intolérance parentale face au mariage homosexuel auquel aspire le jeune Siegfried. Conspué par toute sa communauté, il finit par s'effondrer. Une expérience douloureuse dont le compositeur russe a fait les frais, puisque Tchaikovski, après l'échec d'un mariage forcé, a connu les souffrances d'une homosexualité refoulée.

Certes, la chorégraphie  de Masilo n'a pas la technicité d'un Preljocaj, ni le fabuleux léché d'Akram Khan. Qu'importe. Lorsque les 858 spectateurs de Champ Fleuri se lèvent comme un seul homme, on peut se demander pourquoi. Sous les applaudissements fracassants, une vérité sourd : androgyne, longiligne et fabuleusement gracieux, ce cygne noir inspire l'amour, et au diable Odette et ses nymphettes.

Massilo a su rendre, au delà des sexes, l'évidence de la beauté.

Quant au mélange des genres, des danses et des musiques au sein de la création, il est vecteur d'une formidable énergie. Oui, cette assemblée tonitruante frétillant du popotin donne envie de jeter les brochettes de cygnes anorexiques des opéras de France et de Navarre à la baille. Tout comme l'insolence des interprètes dont la plastique décomplexe.

La chorégraphe déboulonne à grands coups de hanches un académisme mortifère. Et c'est l'éclate dans le parterre.

Zerbinette

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