CHALON ET BONGOU, C'EST TOUJOURS UN PARFAIT RENDEZ-VOUS

LE coup de cœur de cette édition

 Cie Sur le Vif / Sapiens Sapiens « Je sens donc je suis »

© Willy Compingt

Du burlesque sans moyen qui renoue avec l’esprit originel de la performance de rue. C’est très très con, régressif à souhait mais qu’est-ce qu’on se marre. Imaginez Dumb and Dumber débarquant du néolithique et découvrant la mayonnaise et les chips… Ce duo survolté et illuminé propose un excellent condensé du dévoiement de l’Humanité.


De l’excellente tchatche de rue

 Cie La Rouille / Lechienchien de Babaskerville

Nicolas Turon fait désormais partie des darons dans la grande famille des bonimenteurs et il se bonifie avec le temps. Ils ne sont plus si nombreux les comédiens capables d’avoir ce niveau de répartie et incarnant ce style théâtral réellement pensé pour la rue. L’interaction avec le public est optimale dans un registre de langue littéraire et délicieusement railleur. Je ne suis pas fan du théâtre d’impro alors quelle joie de retrouver un vrai comédien qui sort du lot. Une claque, une caresse verbale et tout le monde se régale. Sauf peut-être les (spect)acteurs du jour qui vont bien se faire goguenarder.

Sébastien Barrier / Nous camperons ici

En parlant d’ancien, voilà un autre illustre gouailleur, mythique tailleur de bavette et désormais pousseur de chansonnette. Si ce grand bavard est volontairement moins corrosif qu’autrefois, ses récits de vie demeurent terriblement touchants et son débit de paroles procure toujours la même ivresse poétique.


 De la vraie danse de rue

Compagnie C’Hoari / Distro

D’ivresse il est aussi question avec ce duo de danseuses qui explore l’univers des bars populaires. C’est social, rieur, techniquement virevoltant et ça fait un bien fou de voir cette énergie communicative dans l’espace public. De la danse exigeante qui ne se prend pas la tête et termine ses tours de comptoir dans une apothéose collective, façon fest-noz. De l’émotion, de la bonne humeur : un vrai moment feel-good.


 Du théâtre contemporain hors les murs

Le petit théâtre de pain / Presque égal à

Cette troupe réputée avec une distribution toujours impeccable atteint des sommets d’émotion avec cet entrelacement narratif sur fond de critique du système capitaliste. Tout commence comme une pièce radiophonique puis le spectateur est perpétuellement sollicité grâce à une bande-son jouée en live et des comédiens incarnant plusieurs personnages ordinairement cupides dont les destins finissent par se croiser. Une pièce sociale dont la thématique économique ne plombe jamais le propos grâce à une mise en scène inventive et une écriture adaptée au format extérieur.


De la jonglerie bien sentie

Tall Tales Company / Droplines

Ces trois néerlandais ne réinventent pas la discipline mais cette conférence jonglée est un excellent moment de partage rigolard proposant des routines techniques parfaitement exécutées. Le petit accent étranger apporte un capital sympathie immédiat. Tous les tricks révélés pour pallier à la chute des objets manipulés sont élégamment chorégraphiés et le ton faussement pédagogique rappelle les loufoqueries des Monty Python.


Du post cirque raffiné

Alexander Vantournhout - Not Standing / Frames

© Bart Grietens

Programmé dans le IN du festival, ces trois pièces d’art physique sont à mi-chemin entre la performance d’art contemporain et des portés circassiens. À partir de 3 agrès placés dans 3 lieux différents, les 3 artistes s’amusent avec la gravité en essayant de dompter ces structures minimalistes et graphiques. Cette exploration de nouvelles formes de spatialité n’est jamais trop démonstratif et pompeuse même s’il faut accepter le temps ralenti de la contemplation. Ces recherches d’équilibres nouveaux procurent énormément de poésie, d’humour et le spectateur sortira bluffé d’une telle exigence athlétique.