Festival Rock à la Buse 2026 : Make-Overs, l’infiniment puissant et au delà

Tu cherches un endroit pas très lointain pour ne plus penser à tes soucis quotidiens ? Manzi connaît le remède propice pour une mise au vert : le festival Rock à la Buse qui célèbre sa 20ème édition et notamment le concert des Make-Overs. Pas besoin de te mettre la tête à l’envers, tu enfiles tes fringues de rockeur pubère et tu viens remuer tes bouts de chair.

L’affiche est dessinée par la géniale Anouk Ricard qui fut élue Grand Prix de la 52ᵉ édition du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême.

J’aime chambrer les rockeurs car ils ne sont justement pas gro kèr. Essayez d’occulter leur look patibulaire et vous verrez que ces loulous recèlent un tempérament débonnaire. Derrière ce gros bracelet à clous se cache souvent un petit minou. Il est touchant de voir comme le rockeur réunionnais se sent proche des bestioles, non pas les bactéries qui prolifèrent dans les mailles houblonnées de son tee-shirt Black Sabbath, mais plutôt ces espèces à la réputation douteuse qu’il utilisera benoîtement pour nommer son regroupement: Black Babouk, Papang, La Casse des Chiens, Killing Bonobos, Maudit Tangue,…  Cette affection animalière est partagée par une autre catégorie proche de cette nébuleuse : les dessinateurs de bédé, fédérés localement sous le label enfantin « Le Cri du Margouillat ». Vous savez ce gecko dégueu et gueulard  qui veut  pécho de la reptile facile en même temps qu’il débourre sur vos murs blancs ; le genre de créature qu’il vaut mieux ne pas avoir ni sur ses peintures ni en pension. Pas étonnant que ces deux communautés organisent ensemble un fest-noise pour les 40 ans de cette revue culte à la Cité les Arts. La cité Lézard… Uh uh, cela nous promet des heures de réjouissances sonores sur fond de bulles bidonnantes.

 

Make-Overs a scindé le public réunionnais en deux camps :

ceux qui ont déjà vu leurs concerts dantesques et les autres chanceux qui pourront les découvrir le 21 mars au Palaxa.

 

Je me la joue vénère alors qu’en réalité je suis fan de phylactères et une vraie groupie des Make-Overs, ce groupe de Pretoria qui revient pour la septième fois en nos terres, que je verrai personnellement pour la dixième fois avec une excitation intacte et que je vais m’empresser de vous vanter en toute sincérité. Pour vous faire une idée du groupe, vous pouvez essayer de googler « make over » mais faites gaffe car vous risquez de tomber sur des tutoriels pour apprendre à tartiner du mascara sur votre peau nourrie au chocolat Dubaï. En effet, en anglais, make over a deux significations :

Sens 1 : maquillage. Terme radicalement à l’opposé de ce que propose ce duo qui se présente sur scène sans grimage ni accoutrements codifiés. Martinique Pelser et Andreas Schönfeldt affichent une humilité et une remarquable simplicité qui sont la marque des grands artistes, mais surtout des belles personnes. On est loin du cliché des rockeurs égotiques ou hystériques, vêtus de blousons noirs qui boivent des hectolitres de bière pour éructer leur vision malade du monde. Non, nos deux tourtereaux tournent au cidre, arborent des tenues qui aspirent à la plus humble normalité, accouchent d’un album autoproduit par an (malgré une pause depuis 2022) sans toucher la moindre subvention et proposent en live des morceaux de garage punk d’une brutalité saine et électrisante.

Sens 2 : transformation. Avec ce mot, on touche peut-être à l’essence même de ces deux puristes qui ne sont justement pas à la ville comme sur la scène, utilisant la musique comme un média cathartique. Il est étonnant de voir ce couple d’apparence si timide se métamorphoser en bêtes de scène. Évidemment, à la batterie, la frêle Martinique capte l’attention par son frappé démoniaque et son regard assassin alors qu’Andréas triture sa guitare et ses pédales d’effets dans un registre plus autistique. Cet équilibre fragile, toujours sur la brèche, est la marque de fabrique des Make-Overs qui propose un punk rock jamais onaniste mais bourré de mélodies et de riffs terriblement rassembleurs.

Si vous pensez que le punk ne véhicule pas forcément vos valeurs, sachez que je connais un célèbre présentateur télé réunionnais, fan de Julien Clerc autant que lui-même est adulé par des hordes de ménagères, qui est devenu un spectateur inconditionnel des Make-Overs et qui proposera certainement à la foule transie une démonstration de headbanging rageuse.

Mon titre fétiche :