La pièce démarre avec le listing très sérieux des caractéristiques du fascisme énoncées par Umberto Ecco et ça enchaîne illico avec des vannes dignes de Roberto Déconne. Si le fond est terriblement glaçant, la forme est satirique et clownesque.
© Nicolas Haurice
Pour résumer la pièce esthétiquement, j’y vais de mon petit refrain : Je tance l’I.A., plein de pacotille / Chemise ouverte, lunettes Ray Ban qui brillent.
Si vous êtes ragoulé.e par l’esthétique Chat GPT, va falloir vous accrocher car les allocutions sont fréquemment entrecoupées de pastilles vidéo projetées. C’est franchement très moche (volontairement) mais ces fausses réclames sont hilarantes. On sent que le vidéaste s’est éclaté avec cet outil mais que, comme tout le monde, il s’est un peu fait dévorer. Le jeune public devrait adorer ces instantanés qui rythment la pièce et dénoncent leurs usages par nos politicards populistes.
© Nicolas Haurice
Si cette satire se veut universelle, elle fonctionne encore mieux quand les références sont locales, avec les mêmes stratagèmes démagogiques. Quel ravissement de voir ce sinistre édile sur son pâle canasson raillé encore et encore. On ne se lassera jamais de son seum.
Avec la pièce Maskarad, la Konpani Ibao avait déjà astucieusement parodié notre monde politique sous l’angle de la farce. Dans la même veine, l’autrice Marie Birot nous régale de créologismes alambiqués qui font mouche et des jeux de mots qui font rire la bouche (le Bègue de l’an 2000…). Les références langagières humoristiques sont distillées en créole ou en parler jeune (c’est le sang) que même les boomers n’ayant jamais écouté Jul (c’est le J) peuvent apprécier.
© Nicolas Haurice
Encore fallait-il que ces tirades hystériques soient correctement interprétées et c’est clairement le cas avec deux acteurs, Vanessa Bile-Audouard et Daniel Léocadie, franchement impeccables dans ce jeu forcé mais toujours incarné au travers de joutes verbales et de saynètes participatives revigorantes.
La mise en scène est contemporaine et épurée avec ce sound system rose servant de podium, son éclairage mobile rappelant les plateaux télé et cette nuée de mains-micros occupe crument et graphiquement l’espace.
© Nicolas Haurice
Le travail du son avec la voix off est ingénieux s’insérant dynamiquement dans les différents tableaux pendant les changements de plateaux. Il en est de même pour cette séquence vidéo avec l’effet réverbération qui renforce l’absurde de la harangue du mégalomane Pièr Kolzak (encore un jeu de mots bien foireux comme je les aime)
Pour conclure, il faut admettre que c’est toujours exutoire de rire des travers de ces personnages égocentriques, manipulateurs, arrogants et malheureusement terriblement contemporains. En une heure qui passe très vite, cette pièce façonnera – je l’espère – l’esprit critique des plus jeunes. Quant aux plus vieux d’entre nous, le zapping final d’archives vidéos très récentes démontre que la bouffonnerie à laquelle nous venons d’assister se déroule tous les jours, partout autour de nous et qu’elle se propage dangereusement via nos différents écrans malveillants. Si le rire est une agréable soupape pour survivre dans ce monde, il est urgent de se mobiliser et de résister contre cette horde de télévangélistes siphonnés.
Prochaines dates: 24,25 et 26 septembre 2026 à La Fabrik

